Genève: le pasteur Laszlo Tökes au COE (290390)
des hiérarchies ecclésiastiques avec le régime Ceausescu
Genève, 29mars(APIC) Dans une plus ou moins grande mesure, toutes les
Eglises en Roumanie ont été compromises avec le système totalitaire de Ceausescu, a déclaré mercredi à Genève le pasteur Laszlo Tökes, ce dissident
appartenant à la minorité hongroise et dont la tentative de déportation par
la Securitate avait été à l’origine du soulèvement de décembre à Timisoara.
Le pasteur Tökes, qui vient d’être élu évêque réformé d’Oradea, était
l’orateur le plus attendu de cette 41ème session du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE) qui siège du 25 au 30 mars à Genève et
dont l’un des thèmes de discussion est le changement en Europe de l’Est et
ses conséquences pour les Eglises.
Devant quelque 500 personnes et les 157 membres du Comité central, le
pasteur Tökes a souligné que les Eglises et les communautés religieuses
avaient été durant la dictature le dernier refuge des opprimés privés des
droits les plus élémentaires. Il a déploré l’attitude de la majorité des
Eglises qui ont déclaré à maintes reprises à l’étranger que la liberté de
religion existait en Roumanie. Même le COE a été abusé par ce type de discours de leaders religieux opportunistes, a-t-il déclaré, en mentionnant
notamment le précédent évêque d’Oradea, Mgr Laszlo Papp, aujourd’hui réfugié en France. Il a relevé que ces évêques collaborateurs ont réussi à
tromper leurs Eglises-soeurs de la même façon que Ceausescu a manipulé la
communauté diplomatique internationale.
Devant le régime Ceausescu, a poursuivi l’orateur, les Eglises ont été
poussées à la marge de la société et n’avaient plus aucun moyen de devenir
la "lumière du monde", et "la majorité de nos responsables dans le clergé,
par peur ou par servilité, sont devenus des serviteurs de la dictature, reproduisant dans nos Eglises la structure monolithique de contrôle de
l’Etat". Malgré cela, à la base, les Eglises ont gardé vivant dans le peuple l’espoir de la libération, a-t-il ajouté. Le pasteur Tökes se rendra
dès jeudi à Bucarest. Il demandera un temps d’antenne à la télévision pour
lancer un appel à la réconciliation entre les communautés roumaine et hongroise.
Une conversion nécessaire
Mgr Johannes Hempel, évêque luthérien de Dresde et l’un des 7 présidents
du COE a rappelé pour sa part lors de la même journée que pour l’Allemagne
de l’Est, les résultats de la révolution non-violente qui a mis fin au régime Honecker sont incomplets, car, selon lui, de nombreux représentants de
l’ancien système sont toujours en place. A son avis, une clarification de
l’injustice passée apparaît impossible. Par conséquent, la méfiance par
rapport à une éventuelle restauration du passé n’est pas absurde, et la situation reste sous bien des aspects incertaine. Mgr Hempel a en outre rappelé que ce n’est pas seulement le groupe au pouvoir qui porte la responsabilité des fautes du régime, et que de nombreuses personnes, y compris des
chrétiens et des responsables d’Eglise, ont contribué à le stabiliser.
"D’où la nécessité d’une conversion réelle et sincère", a-t-il ajouté
A propos des Eglises de RDA, qui ont reçu beaucoup d’aide de la part des
Eglises-soeurs de l’Ouest, l’évêque luthérien a souhaité qu’elles demeurent
modestes, "car c’est leur pauvreté parmi les gens qui a suscité la confiance chez les fidèles et dans la population en général", a-t-il dit, avant de
rappeler aux Eglises leurs responsabilités au niveau mondial et de souligner que même si le socialisme en tant que système a échoué, les problèmes
sociaux subsisteront. Au niveau mondial, la réunification de l’Allemagne
pourrait même involontairement contribuer à l’agrandissement du fossé NordSud.
L’oecuménisme du goulag
Autre orateur entendu au Comité central du COE, le député au Soviet Suprême de l’URSS et académicien Serguei Averintsev, militant laïc de l’Eglise russe orthodoxe. Il a souligné l’importance de l’oecuménisme d’appareil
(car la réconciliation entre les frères et les soeurs séparés ne doit pas
se faire de façon anarchique...). Il a cependant, à partir d’un exemple du
goulag, relevé la pertinence de l’expérience des camps pour le développement de l’oecuménisme en URSS.
A propos de la foi aujourd’hui en URSS, l’académicien soviétique a évoqué "la grande ignorance religieuse dans laquelle la population a été forcée de vivre". Si à Moscou, il y avait quarante églises ouvertes, ce qui
permettait à des centaines de personnes d’aller à la messe et de se confesser sans risquer de perdre leur emploi, ce n’était pas le cas dans les petites villes et les villages. Là, impossible pour un instituteur par exemple de fréquenter l’église, à moins de faire des centaines de kilomètres
pour aller dans une ville incognito. Lui-même a dû se rendre en Géorgie
pour pouvoir se marier religieusement.
Aujourd’hui, de nombreuses églises ouvrent leurs portes à la grand joie
de la population, surtout de la vieille génération. L’ancienne législation
religieuse n’est plus en vigueur, mais dans le groupe chargé d’élaborer les
nouveaux règlements, la majorité est hostile à la foi, affirme-t-il. Mais
dans ce domaine, les chrétiens font alliance avec les militants pour les
droits de l’homme, a conclu le député soviétique. (apic/be/pr)