Brochure critique des Commissions Tiers-Monde des Eglises genevoises
Genève, 13juillet(APIC) "Le développement en questions": tel est le titre
de la brochure qui vient de paraître à l’initiative de la Commission TiersMonde de l’Eglise nationale protestante de Genève (COTMEP) et qui rassemble
des textes récents sur la problématique du développement. Rédigée par des
membres de la COTMEP et de la Commission Tiers-Monde de l’Eglise catholique
de Genève (COTMEC), elle présente une approche chrétienne du sujet. Une
question fondamentale est posée: si c’était justement la croyance au "développement" qui avait, jusqu’ici, empêché une véritable solidarité?
Le groupe a d’abord voulu présenter quelques textes récents montrant les
aspects économiques, sociaux, culturels et politiques de la question. Chaque membre a étudié un ouvrage important paru sur le thème du développement
au cours de ces toutes dernières années. Ensuite le groupe a jeté un regard
chrétien sur la question: le développement peut-il être lié aux valeurs
chrétiennes ou doit-il être mis en question, au moins dans sa forme actuelle, tel que nous le voyons à la fin de ce siècle ? Le but de la brochure
est ainsi de proposer une réflexion chrétienne indépendante des grands textes habituels, sans a priori dogmatique.
Les grands médecins de l’économie se sont penchés sur le Tiers-Monde et
ont établi des diagnostics divers. "Mais ce sont tous des Occidentaux, relèvent les auteurs de la brochure, qui se réfèrent forcément à des notions
propres à leur civilisation, dominante à partir du XVIIIème siècle: primauté de la raison et de la science, exploitation systématique des ressources
naturelles à des fins d’enrichissement personnel, organisation complexifiée
des structures collectives, mythe du progrès, individualisme et universalisme". Or le modèle de développement proposé ne correspond pas à la conception de nombreuses sociétés dont les valeurs sont plutôt: primauté de la
tradition, équilibre naturel, particularisme culturel, communauté des individus à deux niveaux: famille et clan. "Pour ces sociétés, bien vivre,
c’est se conformer au modèle communautaire local".
Dans leur introduction, les auteurs soulignent que si les bénéficiaires
jouissent d’un niveau de vie inconnu de leurs ancêtres, la croissance économique fantastique du Nord n’a pas pu être étendue au monde entier parce
que le système actuel ne le permet pas. "L’approche purement marchande des
relations internationales sur le plan économique n’a supprimé ni la guerre,
ni la pauvreté". L’épuisement progressif des ressources naturelles doit
conduire à penser à long terme. "Par conséquent, affirment les auteurs, le
changement du processus évolutif est impératif. On devrait parler d’aménagement coordonné de la richesse des nations après une phase historique de
développement extensif et substituer la solidarité internationale à la
course au profit.
Les Commissions déclarent que "le rôle de la foi consiste à semer le
doute". Elles revalorisent alors la notion de solidarité. Celle-ci ne se
réduit pas à la générosité matérielle: "être solidaire d’autrui signifie
être prêt à partager le même sort (...) Il faut donc des intérêts communs
pour que naisse la solidarité". Et les auteurs de reprendre la formule du
Président Alfonsin: nous avons manifesté une "solidarité posthume" aux
pauvres de ce monde. "Il est trop facile, a posteriori, de panser les plaies". C’est pourquoi les auteurs proposent une "redéfinition de nos intérêts". Car tant que ceux-ci seront contradictoires avec ceux des gens que
nous prétendons aider, la solidarité ne sera qu’un vain mot.
Les Commissions Tiers-Monde concluent en rappelant que "souhaiter que
l’humanité entière jouisse de conditions de vie décentes n’implique pas que
nous déversions nos excédents de générosité et de profits sur les peuples
affamés, mais que nous prenions conscience de nos véritables intérêts afin
que l’exercice de notre solidarité soit digne de ce nom". (apic/spp/gar)