Genève, 7décembre(APIC) Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) met actuellement au point une déclaration destinée à servir de base à toute prise
de position de ses Eglises membres, plus de 300, sur l’Eglise et le peuple
juif, eu égard notamment aux problèmes brûlants du conflit du Moyen-Orient.
Aucune réflexion fondamentale et aucune conviction commune n’existent pour
l’heure à ce sujet, comparable à celle que l’on trouve dans le document oecuménique (déclaration Nostra Aetate) publié en 1965 par le Concile Vatican II.
Les premières assemblées du COE, à Amsterdam en 1948 et à New Delhi en
1961, se sont contentées de condamner "l’antisémitisme comme péché contre
Dieu et contre l’homme" et à récuser toute responsabilité globale des juifs
du temps de Jésus et à plus forte raison d’aujourd’hui, dans la passion et
la mort du Christ. Deux textes ont certes vu le jour entretemps, en 1967 et
en 1982, mais ils n’ont pas été entérinés par le COE dans son ensemble.
Pour le COE, "on se trouve devant un vide théologique et pratique qui n’autorise à raisonner qu’en termes moraux et spirituels généraux, ce qui revient à dénier tacitement toute signification particulière au peuple juif
et à sa survie. Le COE se déclare convaincu qu’il est urgent de combler ce
vide".
Le document en voie d’élaboration a été confié à une Commission du COE
appelée "Consultation sur l’Eglise et le peuple juif", et sera soumis aux
Eglises. Il rappelle que l’élection d’Israël n’est pas à opposer de manière
exclusive à l’amour universel de Dieu, cette élection ayant précisément
pour but de voir toutes les nations bénies dans son sillage, et donc d’insister sur l’exigence morale et spirituelle qui l’accompagne. Il souligne,
à l’inverse, qu’avec le renouvellement de l’Alliance en Jésus-Christ, il
n’y a pas de remplacement d’une Alliance par une autre. Même si deux communautés de foi se sont séparées alors, elles gardent un fonds commun que
constituent la Bible hébraïque, notre Ancien Testament, la révélation du
nom de Dieu et de ses commandements, l’attente messianique du Royaume de
Dieu, la foi au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, la prédication prophétique du jugement et de la grâce. Jésus était juif, il est venu accomplir la loi, non l’abolir, souligne la Commission.
Des problèmes encore irrésolus
Pour cette dernière, il reste certes des problèmes irrésolus, qu’il importe d’affronter sur la base de cette reconnaissance de la signification
permanente du peuple juif pour l’Eglise. Il s’agit d’une part, dit le COR,
de la question de la légitimité d’une mission chrétienne envers les juifs:
si oui, peut-elle être du même ordre que celle envers les croyants d’autres
religions? et que serait-elle alors, vu la communauté des racines et l’histoire des persécutions? D’autre part, la question du don de la terre, considérée par les juifs comme partie intégrante de l’élection, soulève des
questions quant à son application au Moyen-Orient.
Comment comprendre et interpréter l’Etat d’Israël - toujours pas reconnu
par l’Eglise catholique - sans tomber dans le travers de ceux qui, par une
lecture biaisée de l’Ecriture, attisent le conflit sous prétexte de fidélité biblique littérale? Alors que, conclut la Commission, "il y a pour les
deux Communautés possibilité et nécessité de travailler en commun sur la
base d’une identique exigence de justice, de paix et de réconciliation"
(apic/cip/pr)