Genève : lancement de la campagne de carême (230288)
Genève, 23février(APIC) C’est par un appel au boycott international associé à d’autres pressions, notamment d’ordre diplomatique, que Mgr Patrick
Mwemwe, évêque auxiliaire de Johannesbourg et le Père dominicain Albert Nolan, aumônier des étudiants en Afrique du Sud, ont marqué mardi à Genève la
conférence de presse organisée pour le lancement de la campagne de carême
88.
"La Suisse et les Suisses peuvent jouer un rôle moteur dans cette campagne internationale, car la place financière helvétique est une des plus
importantes au niveau mondial", ont ajouté les deux personnalités sud-africaines invitées par l’Action de Carême et son homologue protestant Pain
pour le Prochain. La campagne de carême 88 des deux oeuvres d’entraide a
pour thème "Créer des liens" et boucle un cycle de trois ans sur les droits
de l’homme. Dans ce cadre, les organisateurs tiennent à donner la parole à
des témoins de premier plan. Les premiers invités, deux personnalités
catholiques sud-africaines, ont d’abord rappelé les conséquences de
l’instauration de l’état d’urgence dans leur pays il y a deux ans : plus de
25’000 personnes ont été détenues durant cette période et la presse ne peut
plus informer objectivement sur la situation dans les townships.
L’Eglise est également touchée : le Père Smangaliso Mhkatshwa, secrétaire général de la Conférence des évêques, a été emprisonné durant un an et
torturé de la plus vile manière. "L’arme de la répression est le seul moyen
pour que le régime de l’apartheid puisse se prolonger", ont-ils déclaré.
Mais cette répression brutale n’empêche pas le peuple sud-africain de lutter pour ses droits : l’an dernier, trois grandes grèves, menées par les
cheminots, les mineurs et les postiers ont secoué le pays. L’accentuation
des clivages touche même une partie de la population blanche qui prend conscience de l’injustice de l’apartheid et quitte l’Afrique du Sud.
L’Eglise contre l’apartheid
L’Eglise est fondamentalement contre la ségrégation raciale, comme elle
l’a déjà déclaré dans les années 50. Elle représente un creuset par lequel
les "sans-voix" peuvent se rassembler et se faire entendre. Son journal,
"The New Nation", souvent menacé d’interdiction, est un instrument des plus
précieux. Les enterrements sont devenus l’occasion de manifestations contre
le régime. L’Eglise est globalement engagée dans le combat pour une Afrique
du Sud unie, non raciale et démocratique, ont-ils souligné, ou la répression et l’apartheid n’existeraient plus, ou Noirs et Blancs pourront vivre
ensemble en paix. Pour les Eglises, face au durcissement du régime, il ne
reste plus comme alternative à la violence, que de renforcer les sanctions
contre Pretoria. Ces mesures peuvent en effet pousser à la négociation,
mais il faut faire vite, ont-ils conclu, avant qu’il ne soit trop tard.
(apic/pp/be)