Genève: la secte Moon perd son procès (081191)
Genève, 8novembre(APIC) Le jugement du tribunal de police dans l’affaire
opposant la secte Moon à une journaliste, Elisabeth Eckert, et à la présidente du Comité suisse contre les cultes destructeurs, Elisabeth Bates, est
tombé jeudi à Genève. Le tribunal libère les "accusées" de toute peine. En
s’appuyant sur l’art. 172.3 du Code pénal, il estime que les auteurs de
l’article, qui accusaient dans un article de presse du 12 juillet la secte
Moon d’inciter ses adeptes au suicide, à la prostitution et au lavage de
cerveau, avaient des "raisons sérieuses de les tenir de bonne foi pour
vraies". Le tribunal reconnait cependant le caractatère diffamatoire des
propos rapportés sur les pratiques de la secte qui n’ont pu être prouvées
par les accusées.
Dans l’article en question, la secte Moon était accusée de pousser "ses
adeptes au suicide et à la prostitution", de leur faire subir "des lavages
de cerveau". Le fondateur du mouvement y etait présenté comme "un producteur d’armes insatiable" dirigeant "une organisation politico-religieuse
qui dégage un bénéfice net de 100 millions de dollars". "l’Eglise de l’unification" avait réagi alors par une plainte pénale pour diffamation et atteinte à l’honneur. Yves Nydegger, responsable de la secte pour la Suisse
avait déploré l’effet négatif provoqué par ces stéréotypes. En cours de
procédure la secte a cependant décidé de limiter sa plainte aux seules accusations d’incitation au suicide et à la prostitution.
Appelées à prouver la véracité de leurs dires, les accusées ont fait défiler à la barre des témoins qui ont décrit les processus ayant mené des
adeptes de la secte à la dépression et parfois à la mort. Une psychologue
britannique a dépeint les moonistes comme des personnes "souffrant de maladies obsessionnelles". Les témoins de la partie civile ont rejeté ces accusations "grotesques" contraires aux principes défendus par le mouvement.
En l’absence de témoignages suffisamment convaincants, ou de jugements antérieurs condamnant l’"Eglise de l’unification", le tribunal a considéré
que la preuve de la vérité n’a pas été apportée et a reconnu le caractère
diffamatoire des propos relatés dans l’article.
Mmes Eckert et Bates avaient puisé leurs informations, dans des articles
de presse, dans des citations du Révérend Moon, et dans une circulaire de
mise en garde du Département fédéral des Affaires étrangères. Mme Bates
avait d’autre part fait une expérience personnelle au sein de la secte. Elles pouvaient légitimement croire à leurs affirmations. C’est donc sur leur
bonne foi que Mme Maria-Claude Sermier présidente du Tribunal les a libérées de toute peine. (apic/co/fm/mp/pr)