Genève, 27mai(APIC/Paolo Piccinini) Tous les médias ont commémoré
l’anniversaire des événements de 68. Rien de tel pour d’autres faits
historiques aussi importants, sinon plus. Pourtant, rien ou presque n’a été
dit sur la Jeunesse étudiante catholique (JEC). Une lacune qui tient
peut-être aussi au fait que ce groupement n’est jamais apparu en son nom.
Sa caractéristique : être un lieu de discussion et de confrontation entre
la réalité sociale et la foi. D’ou, pas de journal, pas de tract; en tout
cas pas jusqu’à une période récente. La rencontre avec d’anciens jécistes
nous a rendu possible de faire revivre en quelques lignes 20 ans
d’histoire.
Les premiers événements qui annoncent la contestation de 68 à Genève se
sont déroulés dans les écoles secondaires. Dès 63, des élèves s’insurgent
contre la direction qui ne les a pas consultés sur les épreuves
trimestrielles. Par la suite se constituera le MIC (Mouvement
intercollégiens) regroupant des collégiens de diverses confessions et
courants idéologiques. Avec la création de la Fédération des mouvements du
secondaire, le mouvement s’élargit et se confronte à d’autres thèmes, tels
que : la sélection, le contenu des cours, la forme de transmission du
savoir.
Université occupée
L’occupation de l’université par les étudiants en mai-juin 68 sonnera
l’heure de gloire de la contestation. Cela avait commencé une année
auparavant par des manifestations contre un rassemblement militaire en
ville et des conférences qui devaient se dérouler à l’université.
L’occupation marque aussi le début des clivages dans le mouvement. Les
jécistes qui participent en nombre à l’ASU (Association syndicale
universitaire) s’opposent à d’autres courants qui veulent continuer
l’occupation à outrance.
Pour beaucoup de militants de l’ASU, il apparaît urgent d’approfondir
les analyses et de ne pas succomber à l ’activisme. D’ailleurs, le
mouvement étudiant sera désemparé devant l’initiative du rectorat qui
propose un large forum sur l’université avec tous les étudiants et les
professeurs.
Le mouvement va vite retomber. Les groupes politiques se sectarisent. La
JEC connaîtra aussi des problèmes. Une partie de ses membres partiront en
lui reprochant de ne pas se définir comme un groupe politique ou syndical.
La JEC survit en conservant son identité de groupe de "révision de vie".
Post-68
Dans les années qui suivent 68, après une phase de mobilisation
extra-universitaire (Burgos, maison des jeunes), l’heure est à la
participation. Les jécistes vont se retrouver à la Conférence universitaire
des associations d’étudiants (CUAE) et collaborer à la rédaction de son
journal "Courant". De même se créent dans les collèges divers groupes.
C’est le temps de la réflexion. Les jécistes jouent leur rôle de levain et
refusent de monopoliser le débat. C’est à cette époque aussi que beaucoup
s’insèrent dans les structures pastorales genevoises récemment mises en
place.
Solidarité avec le tiers monde
Les années 80 se caractérisent par la disparition d’une mobilisation
d’ensemble et par une relative atomisation. Mais c’est aussi l’époque de
manifestations ponctuelles de solidarité internationale. Preuve en est
l’engagement de dizaines de jeunes dans la campagne "Coopération-coup de
main" et dans la manifestation des jeunes en faveur des réfugiés.
Quant à la JEC, elle commence à apparaître sous son sigle. Ses
interventions principales touchent le tiers monde. Campagne contre
l’apartheid, pour l’introduction de la problématique de l’aide au
développement dans les cours, en faveur des requérants d’asile.
Les jécistes s’appelent Eric, Suzanne, Gérard, Dominique, Marc, Laure,
Angèle, Françoise, Luc, Lucine, Karin, Dimitri... et tous les autres. Ils
continuent de défendre sans nostalgie leurs convictions dans leur vie professionnelle ou dans l’Eglise. (apic/pp/ym)