Genève : la démocratie-chrétienne italienne et le Vatican (040588)
Genève, 4mai(APIC/Paolo Piccinini) Fini l’époque des compromis, des
peurs. Révolu le parti/Etat, le parti des scandales. La démocratiechrétienne italienne doit retrouver son identité, doit mener des batailles
sur les valeurs esssentielles, même si elles sont minoritaires. Tels sont
les engagements pris par Luigi Rossi di Montelera, député démocratechrétien et sous-secrétaire d’Etat, lors d’une conférence donnée le lundi 2
mai au Centre catholique d’Etudes de Genève.
Seuls quelques fidèles, dont Mgr Mullor Garcia, nonce auprès des Nations
Unies, sont venues pour entendre le député italien parler du parti dominant
la vie politique de la péninsule depuis quarante ans. C’est en effet lors
des élections d’avril 1948, après plus de vingt ans de fascisme, que la
Démocratie-chrétienne prendra les rênes du pouvoir.
"A l’époque, les enjeux étaient clairs, il s’agissait d’un choix de société : la démocratie ou le communisme. Le Front populaire, composé du Parti socialiste et du Parti communiste, pouvait l’emporter, mais nous avons
su montrer les implications économiques, sociales, militaires et politiques
du vote. L’Eglise nous a aidé, en s’engagant à nos côtés pour battre le
Parti communiste". Telles étaient pour le député italien les échéances de
l’après-guerre auxquelles la démocratie-italienne a su faire face.
Les rapports entre l’Eglise et le parti étaient exellents, chacun
remplissait son rôle. Les membres du parti étaient recrutés dans les milieux catholiques, le cardinal Siri s’engangeait activement dans les Comités civiques, qui étaient des organes de propagande contre le parti communiste.
De l’apogée à la perte d’identité
Les années 60 représentent l’apogée pour la Démocratie-chrétienne. Elle
est installée à la tête de l’Etat, des administrations régionales et
locales. L’Italie connaît le boom économique. Mais cette "vocation
majoritaire" va amener des effets pervers. C’est l’époque du parti-Etat,
des multiples scandales, "de la perte d’identité pour la
démocratie-chrétienne italienne" selon M. Rossi di Montelera. Car au milieu
des années 70, le parti va s’ouvrir au marxisme. Commencent les discussions
sur le "compromis historique" entre MM. Berlinger et Moro. Beaucoup de
catholiques adhèrent au Parti communiste. Selon le député, même l’Eglise
commet des erreurs en ne menant pas avec assez de vigueur des campagnes sur
des questions comme le divorce. Elle subit les pressions du moment.
Renouveau
Le début des années 80 va marquer un tournant. Jean Paul II sait reproposer, d’après le député démocrte-chétien, des batailles sur les valeurs
essentielles. Il y a un retour aux valeurs traditionnelles. De même, le
parti, sous l’impulsion de M. de Mita, va essayer de faire peau neuve, de
renouveler son personnel politique, de s’enganger à nouveau dans des batailles, même si elles ne sont plus majoritaires. Le fait marquant est
justement pour la démocratie-chrétienne d’accepter l’idée de ne plus être
majoritaire et de se forger une identité nouvelle en proposant à la société
italienne des batailles sur les valeurs essentielles.
Pour les catholiques italiens qui se retrouvent aujourd’hui rassemblés
derrière la Démocratie-chétienne - qui dépasse même en votes les pratiquants - l’histoire aura été longue. Après l’Unité italienne, ils avaient
refusé de participer à la vie politique, à cause de l’occupation des Etats
pontificaux. Après quelques années d’existence, ils vont être interdits par
Mussolini. Aujourd’hui, ils retrouvent une vigueur nouvelle. Mais ils doivent aussi faire face à une éventuelle alternance politique, à des mouvements catholiques qui soit attaquent violemment la démocratie-chrétienne,
comme "Communion et Libération". Pour M. Rossi di Montelera, l’avenir du
parti dépend de sa capacité à reproposer des batailles claires sur des valeurs morales essentielles, telles que l’euthanasie ou l’avortement.
(apic/pp/bd)