Genève: l’Atelier oecuménique de théologie (010393)
Près de mille passionnés de théologie ont suivi les cours
Genève, 1ermars(APIC) L’atelier oecuménique de théologie (AOT) a fêté samedi à Genève le 20e anniversaire de sa création. Réunies à la salle communale de Bellevue, quelque 300 personnes ont célébré cet anniversaire en
écoutant des conférences sur l’oecuménisme. Une table ronde a évoqué le bilan et les perspectives de cette réalisation ecclésiale genevoise. Un anniversaire ponctué aussi par une fervente célébration eucharistique.
Après l’accueil prononcé par Edouard Dommen, président de l’AOT, c’est
André Herren, co-directeur protestant, qui a situé le sens de cette rencontre et a présenté les deux conférenciers invités à aborder tous deux le
thème "Conversion des Eglises et identité confessionnelle".
René Girault, théologien catholique, de Poitiers, membre depuis 1951 du
groupe des Dombes - du nom du monastère où ce groupe, formé de théologiens
protestants et catholiques, a pris l’habitude de se retrouver - a fait découvrir à l’assistance le prix du dialogue. Un prix au sens de valeur mais
aussi de coût. Et comment peu à peu, on est passé du "face à face" à "un
côte à côte". Le conférencier a d’ailleurs mis en évidence une réalité du
dialogue oecuménique: "L’autre, en général est mieux placé pour nous faire
voir où sont nos tentations confessionnelles". Il a aussi rappelé les sujets principaux abordés par le groupe des Dombes: l’eucharistie, les ministères, le ministère épiscopal et ministère de communion.
L’appel à la conversion mutuelle
Michel Lepley, pasteur de l’Eglise réformée de France et actuellement
directeur du journal "Réforme", a parlé de la dernière étude du groupe des
Dombes intitulé: "Pour la conversion des Eglises". Dans la vie du chrétien,
l’appel à la conversion est constant. Cela lui permet de s’ouvrir sans cesse à un avenir qu’il n’avait pas nécessairement prévu. Il en est de même
pour les Eglises. Elles sont invitées à entendre la parole du Christ à
Pierre: "Un autre te conduira là où tu ne voudras pas aller". Puis il a
évoqué quelques unes des tentations qui affectent les confessions: parmi
elles, la légitimation du statu-quo qui justifie le pluralisme pour les réformés et celle du rassemblement en un seul modèle pour les catholiques.
Une table ronde, présidée par André Fol, actuel co-directeur catholique
de l’AOT, a permis aux 5 anciens anciens directeurs de redire le sens de
cette réalisation oecuménique. Francine Carillo et Gérard Rolland ont fait
appel à la poésie pour exprimer leur crainte de tous les mots en "isme",
donc aussi de l’oecuménisme dans la mesure où y chercherait à combler les
failles qui habitent toute expérience humaine. Notre Dieu est un Dieu de
l’exode et seules les voix exilées peuvent en témoigner.
Avec Henry Mottu, on retrouvait la terre ferme des exigences concrètes:
l’oecuménisme se doit de rejoindre l’homme de tous les jours dans son besoin de justice également. Jean-Bernard Livio a évoqué le pari du démarrage de l’AOT, à un moment où le jésuite qu’il était n’avait pas encore
d’existence officielle en Suisse. Il a rappelé cette exigence présente dès
le départ: penser d’abord à rejoindre la soif de Dieu de nos contemporains
et ne pas se tromper de partenaires en se contentant d’un dialogue au sein
de nos institutions. Il a aussi plaidé fortement pour un refus de toute
"grève eucharistique".
Ni trop de positions dogmatiques, ni de silences trop prudents
Autre fondateur de l’AOT, Eric Fuchs a fait part de l’urgence qu’il voit
à parler au monde d’aujourd’hui d’un Dieu compréhensible. Dans le débat actuel, une Eglise est disqualifiée si elle se contente d’asséner des positions dogmatiques ou si elle se réfugie dans un silence trop prudent. Attention, a-t-il ajouté, "à ceux qui prétendent détenir la vérité: n’est-ce
pas une façon de la maintenir en détention"?
Une célébration, forte et priante, s’est ensuite déroulée autour du texte de la rencontre du Christ avec la Samaritaine. Les participants ont redit leur joie de la présence du Christ dans leur vie: à partir de l’accueil
d’une soif, pouvoir rencontrer Celui qui peut offrir une source à celui qui
cherchait un puits. L’AOT a l’habitude de pratiquer l’hospitalité eucharistique en alternance. En ce jour d’anniversaire, c’était à un frère protestant d’inviter à la Table du Seigneur. (apic/af/ba)
Encadré
C’est en 1973 qu’a été créé l’AOT, un cours de formation théologique
pour adultes. Chaque volée s’étend sur deux ans et attire presque une centaine de participant(e)s. Après 20 ans et 10 volées et à la veille d’une
onzième qui comprendra sans doute le millième participant aux cours de cette pratique oecuménique originale. (apic/tg/ba)