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    Genève: Jean Fischer et la nouvelle évangelisation (241191)

    Genève, 24novembre(APIC) En vue du synode spécial sur l’Europe qui se

    tiendra à Romme du 28 novembre au 14 décembre, Jean Fischer, secrétaire

    général de la Conféreence de Eglises européennes (CEE) a accepté de

    répondre aux questions de l’Apic sur la nouvelle évangélisation.

    Apic: Comment définissez-vous de votre point de vue la nouvelle

    évangélisation?

    Jean Fischer (JF): J’ai une petite difficulté avec le qualificatif nouvelle parce que je dirais que depuis l’origine une des tâches essentielles

    de l’Eglise c’est l’évangélisation. C’est une tâche permanente, il n’y a

    pas d’évangélisation définitive faite une fois pour toute. On peut le faire

    avec de méthodes qui sont appropriées au contexte dans lequel on se trouve.

    apic: Estimez-vous que l’ancienne évangélisation de l’Europe a été

    un échec?

    JF J’aimerais préciser qu’ il nous est difficile d’utiliser des critères

    scientifiques pour juger si une évangélisation est un succès ou un échec.

    Il ne s’agit pas de vendre des savonettes et de quantifier les résultats.

    Je dirais que l’évangélisation de l’Europe n’a pas été un échec en ce sens

    que l’Eglise est présente partout et que même lorsqu’on a cherché la supprimer, on n’est pas arrivé à faire disparaître la foi, et de ce fait la

    présence de l’Eglise même si elle a été invisible. La bonne nouvelle du salut a été annoncée et transmise par des moyens inhabituels mais néanmoins

    efficaces. L’Evangile est la parole faite chair, qui a sa propre puissance

    et cette puissance lui permet d’aller partout, même par des moyens qui ne

    sont souvent pas ceux que l’Eglise choisit. Dans ce sens je pense que les

    Eglises sont appelées à une plus grande fidélité au message que la bonne

    nouvelle apporte à tous les hommes qui sont dans une attente et qui se posent la question de leur origine et aussi de leur destination et de leur

    salut.

    Apic: Comment jugez-vous la situation spirituelle de l’Europe aujourd’hui?

    JF C’est une question très difficile parce que ce qui me gêne le plus

    c’est d’avoir à juger de l’attitude spirituelle de mes frères et soeurs me

    Je dirais que partout en Europe les hommes et les femmes se sont toujours

    tournés vers de faux dieux et continuent à le faire. Ces faux dieux peuvent

    avoir beaucoup de noms différents et c’est la raison pour laquelle l’évangélisation est indispensable, c’est pour faire connaître le vrai Dieu. Je

    pense qu’on ne peut pas faire de généralisation pour le climat sprituel en

    Europe, il y a une telle diversité, mais je pense que l’on peut dire que

    nous entrons dans une époque où une quête spirituelle et la recherche de

    nouvelles formes de vie religieuse apparaissent. Et que c’est peut-être cela qui nous montre que la tâche d’évangélisation, n’a pas encore abouti et

    qu’il faut la poursuivre avec courage, avec créativité tout en sachant que

    c’est Dieu lui-même par son Saint-Esprit qui peut transformer les coeurs et

    les pensées.

    Apic: Quelles sont à votre avis les tâches que les gouvernements, les

    sociétés doivent accomplir pour que l’Europe retrouve éventuellement ses

    racines chrétiennes?

    JF Je ne crois pas qu’il y a là une tâche spécifique pour des Etats, des

    gouvernements, ou des pouvoirs économiques ou autres. Je pense que c’est

    une tâche pour l’Eglise en Europe et je dis bien pour l’Eglise et non pas

    les Eglises que de se souvenir qu’au début en Europe il n’y avait qu’une

    Eglise, L’Eglise du Christ et que nos racines communes sont dans cette

    Eglise qui est née de l’Evangile qui nous a été apportée par les apôtres.

    C’êst à la fois la pureté de cet évangile et l’unité perdue que nous devons

    retrouver pour donner à l’Europe toute la vigueur que le message de l’Evangile peut donner à notre monde aujourd’hui.

    Apic: Les Eglises d’Europe peuvent-elles parler de nouvelle évangélisation de façon crédible puisqu’elles sont encore séparées?

    JF Je crois que nous sommes là au coeur du défi de l’oecuménisme qui est

    de savoir comment des Eglises qui se sont sérarées de plus en plus, peuvent

    retrouver l’unité visible en Christ. Je crois que la crédibilité de l’Eglise et de son témoignage sont fortement mis en doute par ces divisions. Je

    crois que l’Eglise qui est en Europe porte une responsabilité historique

    dans ces divisions et se doit de faire des efforts inlasssables et continus

    pour panser les plaies et revenir à l’essentiel qui est la parole de Dieu.

    Et que si nous revenons à cet essentiel, à ce message annoncé dans le sermon sur la montagne, peut-être que beaucoup de problèmes doctrinaires, ecclésiologiques, d’organisation et de discipline, deviendront plus faciles à

    régler ou en tout cas secondaires.

    Apic: Quels sont les grand défis auxquels les Eglises d’Europe doivent faire face aujourd’hui?

    JF Nous avons déjà évoqué le premier grand défi qui est celui de l’unité

    de l’Eglise. le second, c’est l’universalité de l’Eglise dans une Europe

    qui est en train de se chercher, de se réunir, de se réorganiser et où nous

    apercevons les dangers d’une consrtuction d’une forteresse Europe qui chercherait à se situer en opposition ou en compétition avec les autres continents. Je crois que l’Eglise doit affirmer l’unité de l’humanité, de l’"oikumené" c’est-à-dire toute la terre habitée et nous ne pouvons pas accepter

    de devenir eurocentristes.

    Un troisième défi c’est tout ce qui concerne la relation entre Eglise et

    Etat, et la relation Eglise et pouvoir parce que si l’Etat est le pouvoir

    politique, nous voyons bien que les forces qui sont à l’oeuvre et qui modèlent la société sont quelquefois des forces supra-nationales, économiques,

    commerciarles ou financières. Pour les Eglises il y a en permanence une refléxion à faire quant à leur place dans la société, parce que certaines

    Eglises peuvent être tentées de devenir l’Eglise officielle, celle qui a

    les privilèges dans sa relation avec ces pouvoirs.

    Enfin un autre défi, c’est de savoir comment L’Eglise peut incarner dans

    sa vie, les valeurs des béatitudes, dans un monde où tout est payant, calculé, mesuré. L’Eglise doit apporter ce qui est gratuit c’est-à-dire

    l’amour de l’autre sans rien attendre en retour et insuffler des valeurs

    qui sont à l’opposé des valeurs adoptées par nos sociétés. Mais pour que

    l’Eglise soit crédible à nouveau il faut qu’elle commence par vivre ellemême dans son organisation propre d’une manière moins hiérarchique, d’une

    manière où l’égalité entre hommes et femmes, jeunes et vieux pourra se réaliser.

    Apic: Certains milieux ne craignent-ils pas que cette nouvelle

    évangélisation cache une croisade catholique contre une société sécularisée

    et évoquent les risques de mettre en danger l’oecuménisme?

    JF Certains craignent en effet que se cache une re-catholisation qui

    pourrait être interprètée comme la recherche d’un retour vers le passé, de

    positions dominantes pour l’Eglise dans la société. Personnellement je ne

    veux pas m’associer à cette crainte, je pense que ce n’est pas l’approche

    l’Eglise catholique romaine.

    Lorsque les Eglises membres de la CEC se sont réunies , au début de

    l’année 1990, nous avons beaucoup réfléchi sur la nouvelle situation européenne et nous avons affirmé tous ensemble que la mission de l’Eglise dans

    l’Europe nouvelle c’est d’être une Eglise fervente une Eglise qui voudra

    s’approcher de tous ceux qui sont écrasés par l’organisation de notre société qui marginalise ceux qui ne sont pas conformes à une certaine idée

    que l’on se fait de l’homme aujourd’hui. Nous devons peut-être faire un effort considérable dans toutes les Eglises pour sortir du conformisme avec

    l’idéologie dominante. Nous devons faire ensemble une analyse très critique

    de cette société, et en cela j’admire la manière dont les évèques catholiques aux Etats-Unis ont su faire ce travail.

    Apic: Comment peut-on réaliser effectivement la nouvelle évangélisation?

    JF Je crois qu’il faut accentuer l’importance de la fonction évangélisatrice de l’Eglise mais je ne la mettrais pas toute seule, je pense que

    quelquefois quand il y a trop de paroles et pas assez d’actes la nécesssité

    de la diaconie, c’est-à-dire de vivre sa foi dans les actes peut être une

    meilleure proclamation que beaucoup de paroles. D’autre part il ne peut pas

    y avoir d’évangélisation en dehors d’une recherche de l’unité donc d’une

    exigence oecuménique très forte. (apic/eg/mp)

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