Genève: interview du nouveau président du Comité central du COE (060391)
investir davantage dans la construction de l’unité
Genève, 6mars(APIC) Elu président du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE) lors de la VIIe Assemblée de Canberra (Australie),
l’archevêque Aram Kechichian, primat de l’Eglise arménienne du Liban, s’est
exprimé dans une interview accordée à Genève au Service Oecuménique de
presse et d’information sur les enseignements à tirer de cette assemblée.
"Canberra a montré que nous ne sommes pas encore unis: des divisions théologiques, politiques et culturelles nous séparent encore". L’Eglise arménienne, dit en outre l’archevêque Kechichian, qui participe au mouvement
oecuménique depuis 1966, a été oecuménique de tous temps et en étroit contact avec l’Eglise catholique romaine.
APIC: Comment concevez-vous votre rôle de président du Comité central?
A. Kechichian: Dans mon premier discours devant le Comité central, j’ai
souligné que nous allions travailler en équipe. Le président du Comité central n’est pas le leader du COE, il fait partie d’une équipe de leaders,
qui comprend les vice-présidents, le secrétaire général, le personnel. En
fait, le vrai décideur, c’est le Comité central. Son président doit être au
courant de toutes les activités, de tout ce qui constitue la vie et le témoignage du COE.
APIC: Quels ont été les sommets de l’Assemblée de Canberra?
A. Kechichian: D’une manière plus visible que jamais, les Eglises membres ont pu manifester leur "appartenance commune". Les tensions, les problèmes qu’il y a eu font partie de cette appartenance commune. En second
lieu, le thème "Viens, Esprit Saint, renouvelle toute la Création" ouvre de
nouvelles perspectives pour le travail. Par exemple pour le dialogue interreligieux. Il ouvre aussi de nouveaux horizons pour les théologies qui sont
en constant dialogue dans le forum constitué par le COE.
Canberra a montré que nous ne sommes pas encore unis: des divisions
théologiques, politiques et culturelles nous séparent encore. Cette triste
réalité doit nous amener à investir davantage dans la construction de
l’unité.
APIC: Comment évaluez-vous la participation orthodoxe à Canberra?
A. Kechichian: Comparée à d’autres assemblées, la participation orthodoxe a été plus active, mais elle n’est pas encore suffisante. Nous sommes
reconnaissants aux Eglises orthodoxes de nous rappeler sans cesse que la
quête de l’unité doit rester au premier rang de toutes les préoccupations
du COE. Mais ne mettez pas toutes les Eglises orthodoxes dans le même panier: il y a dans la famille orthodoxe des Eglises conservatrices, des
Eglises libérales.
APIC: Comment interpréter l’insistance du patriarche de Moscou Alexis
sur la Déclaration de Toronto - le Comité central réuni à Toronto en 1950
avait déclaré que le but du mouvement oecuménique n’était pas de constituer
une super-Eglise, ni d’imposer un modèle d’unité - dans son message adressé
à l’Assemblée?
A. Kechichian: Personnellement, je dirais qu’il est temps de redéfinir
et de réévaluer notre communauté. Il faut avoir le courage de dire où nous
en sommes aujourd’hui vis-à-vis de la Déclaration de Toronto, car elle
n’est pas la bible du COE. Le monde change rapidement et radicalement. En
tant qu’Eglises réunies en Conseil, nous devons définir la nature, l’identité du COE, ensuite nous arriverons ensemble à une identité commune.
APIC: Parlez-nous de votre Eglise.
A. Kechichian: En 301, l’Arménie fut la première nation du monde à accepter le christianisme comme religion d’Etat. Depuis cette époque, l’identification entre la nation et l’Eglise orthodoxe arménienne va très loin.
Ce lien profond a déterminé toute notre histoire.
Quatre millions d’Arméniens vivent en Arménie (république soviétique),
trois millions sont dispersés aux quatre coins du monde. L’Eglise joue un
rôle primordial pour sauver l’identité arménienne, pour défendre les droits
de l’homme, par exemple dans la région du Nagorny Karabagh, où se pose la
question de l’autodétermination. Nous insistons aussi pour que soit reconnu
le génocide des Arméniens par les Turcs.
L’Eglise arménienne a quatre centres: Etchmiadzine en Arménie, Cilicie
au Liban, Jérusalem et Istanbul. Les deux patriarches ou catholicos principaux sont ceux d’Etchmiadzine et de Cilicie. Les deux autres sont avant
tout des évêques locaux. Au Liban, il n’y a qu’un diocèse, dont je suis
l’archevêque. Notre Eglise est très attachée à l’unité du Liban. (apic/tbpr)
Propos recueillis par Théo Buss.
(Service oecuménique de presse et d’information - SOEPI)