Genève: intervention de Mgr Mullor lors (091091)
Supprimer les situations créatrices des mouvements de réfugiés
Genève, 9octobre(APIC) La meilleure façon de protéger les réfugiés serait
de supprimer les situations créatrices des mouvements de réfugiés, a déclaré mardi après-midi à Genève Mgr Justo Mullor, chef de la délégation du
Saint-Siège à la 42ème session du Comité exécutif du Haut Commissariat des
Nations Unies pour les réfugiés.
Au cours de son intervention, Mgr Mullor, qui a relevé que le nombre de
réfugiés dans le monde s’élève à 17 millions, soit deux millions de plus
que l’an passé, a rappelé l’encyclique "Sollicitudo rei socialis", dans laquelle Jean Paul II n’hésite pas à parler de "structures de péché" existant
dans le monde, qui sont entre autres l’ignorance délibérée de la part d’un
groupe des libertés fondamentales du peuple, la persécution d’opposants politiques, la ségrégation d’une partie de la population pour des motifs ethniques, religieux ou idéologiques.
La législation de nombreux pays démocratiques a du reste consacré la
notion de "crimes contre l’humanité", a poursuivi le représentant du SaintSiège. Selon lui, la nouvelle conjoncture internationale devrait permettre
l’élargissment et le développement de cette doctrine juridique, "et sur ce
point, il faudrait peut-être se demander si l’exil forcé ne devrait pas, au
moins, y être un jour assimilé. "Une fois ce principe accepté au niveau international, les dictatures pourraient invoquer moins souvent le concept
d’’affaires intérieures’ dont elles se servent parfois pour légitimer des
répressions dont le résultat est l’augmentation du nombre de réfugiés dans
le monde".
Comme l’a rappelé Jean Paul II dans l’encyclique "Centesimus annus", a
souligné Mgr Mullor, l’Eglise catholique est engagée dans la promotion de
la justice et du droit, sans lesquels la paix n’est possible ni entre les
individus ni entre les nations.
La solution idéale
Quant elle est possible, la solution idéale pour tout réfugié est sans
doute le retour vers son pays d’origine, a dit le chef de la délégation du
Saint-Siège. "C’est là qu’il a ses racines et qu’il peut retrouver sa famille, ses amis, sa culture". Pour Mgr Mullor, il convient cependant de
garder à l’esprit 3 facteurs déterminants: le rapatriement ne devrait pas
être entrepris avant que les causes de l’exode n’aient été supprimées. Aucun réfugié ne devrait en effet courrir le risque d’être persécuté en rentrant chez lui; le rapatriement ne devrait être autorisé "qu’à titre volontaire". La principale motivation du rapatriement étant le bien-être des réfugiés, jamais des considérations d’ordre exclusivement politique ne
devraient justifier le lancement d’un programme de rapatriement; même si
son mandat ne couvre pas la réinsertion des réfugiés dans leur pays d’origine, le HCR devrait rester l’avocat le plus puissant et le catalyseur des
aides sociales et économiques dont les rapatriés ont besoin au moment de
revenir dans leurs pays.
A propos de l’insertion locale, Mgr Mullor n’a pas manqué de mettre en
évidence que ce sont les pays d’Afrique et d’Asie, souvent très pauvres,
qui portent le plus lourd fardeau de l’assistance aux réfugiés. Une bonne
partie des réfugiés des pays limitrophes reste en effet à leur charge. "Il
est du devoir de la communauté internationale, en particulier des nations
les plus capables de le faire, d’aider ces pays".
Pour Mgr Mullor, le monde apparaît de plus en plus comme un "village
planétaire" dont les anciennes frontières, si jalousement gardées autrefois, deviennent de simples clôtures, perméables et souples, entre maisons
voisines ouvertes sur la même rue: celle qui conduit aux grands espaces de
la fraternité et de l’interdépendance universelles.
En ce qui concerne la troisième solution durable, c’est-à-dire la réinstallation, la délégation du Saint-Siège constate un double phénomène: chaque jour augmente le nombre des pays qui reculent devant cette option humanitaire; ceux qui continuent à y adhérer imposent des restrictions supplémentaires quant au nombre et aux conditions d’admission. "Ce serait un
contresens que des pays développés qui s’honorent d’avoir toujours été des
pays de réinstallation, deviennent maintenant des forteresses à l’abri des
réfugiés. Leurs responsables politiques et leurs citoyens ne devraient jamais oublier que la présence des réfugiés sur leur sol a souvent contribué
au renforcement du développement industriel, social et même culturel de ces
pays".
Il serait également utile, a poursuivi Mgr Mullor, d’examiner les questions concernant la sécurité des réfugiés ainsi que leur hébergement et
les soins de santé dont ils ont besoin. Une attention toute particulière
devrait être accordée aux groupes plus vulnérables constitués par des handicapés, les femmes et les enfants. Après avoir souligné que la Commission
internationale catholique pour les migrations travaille maintenant depuis
40 ans avec le HCR, Mgr Mullor a conclu en rappelant les paroles du pape
prononcées en conclusion du IIIe Congrès mondial de la pastorale pour les
migrants et les réfugiés: "Il est indispensable de promouvoir une politique
constructive d’accueil et de coopération qui vise à garantir le respect de
la dignité de chaque être humain. (...) Il est nécessaire que se diffuse
partout, au fond de la conscience de chacun, la règle de l’interdépendance
solidaire". (apic/pr)