Genève : importante conférence sur la situation en Colombie (060289)
Genève, 6février(APIC) Près de 200 personnes issues d’organisations chrétiennes, syndicales et politiques ainsi que différents représentants d’organisations colombiennes de défense des droits de l’homme ont participé du
2 au 4 février à Genève à une importante réunion sur la situation des
droits de l’homme dans ce pays latino-américain, ou un millier de personnes
sont assassinées chaque année. C’est le rapport "Impunité en Colombie",
établi par une commission internationale, qui a servi de base aux débats.
Ce rapport a été qualifié "d’absolument inacceptable" par quatre évêques
catholiques colombiens présents à Genève.
Organisée par le Service international pour les droits de l’Homme en
collaboration avec les organisations catholiques Pax Christi et Justice et
Paix des Pays-Bas, cette conférence a montré, à partir du rapport "Impunité
en Colombie", la "situation atroce" de violence dans laquelle baigne le
pays. Ce rapport a été établi par un groupe de cinq représentants d’Eglise
de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne fédérale, dont Mgr Jan Van Cauweleart, vice-président de la section belge de Pax Christi. Un parlementaire
belge, le démocrate-chrétien Tilj Declerq, ainsi que Jef Houthuys, président de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC) de Belgique, ont
participé à la rédaction de ce rapport rédigé à la suite d’une mission
d’enquête en Colombie en octobre et novembre dernier.
En Colombie, affirme ce rapport, mille personnes sont assassinées chaque
année et autant "disparaissent". La majeure partie des victimes sont des
personnes engagées dans les syndicats ouvriers ou paysans ou militant dans
des partis politiques. Mais, affirment les auteurs du rapport, toute personne engagée dans une activité de réforme sociale est en danger. Surtout
les "campesinos", les paysans qui luttent pour un lopin de terre. 50 % de
la population vit au-dessous du seuil de pauvreté alors que les 2/3 des
terres cultivables sont entre les mains des 3,1 % de la population d’un
pays qui compte quelque 30 millions d’habitants.
Les groupes paramilitaires agissent en toute impunité
La violence est surtout le fait de groupes paramilitaires qui agissent
en toute impunité, la plupart du temps sans que n’interviennent la police
ou l’armée. Selon le Ministère de l’Intérieur lui-même, on compte plus de
140 "Escadrons de la Mort" de ce type en Colombie. La violence est également liée à la production et au trafic de drogue. Les milieux économiques
du pays, mais également des politiciens et des hauts responsables militaires ont partie liée avec la mafia de la drogue colombienne, qui possède
souvent de nombreuses terres acquises à peu de frais.
L’Eglise critiquée
Très critique envers le gouvernement, accusé de "laisser-faire" voire de
complicité, le rapport "Impunité en Colombie" n’épargne pas l’Eglise colombienne, parfois divisée sur l’action à mener contre la violence et contre
la pauvreté. "Elle se doit d’être plus concrète", affirme le rapport. Cette
position a suscité la réaction des évêques colombiens présents : Mgr Pedro
Rubiano Saenz, Mgr Samuel Buitrago Trujillo, Mgr Rodrigo Escobar Aristizabal et Mgr José Luis Serna Alzate. "Nous considérons son contenu comme absolument inacceptable, car il déforme gravement la vérité sur l’action de
l’Eglise dans la défense des droits de l’homme". "Il serait bon que nous
affrontions cette réalité en commun", a nuancé pour sa part Mgr Luis Serna,
évêque de Florencia, une région qui n’est pas épargnée par la violence.
Un grand espoir
Même ton mesuré de la part de Mgr Cauwelaert qui estime que la discussion "aura permis d’éclaircir certains préjugés et ces prélats ici auront
entendu ce qu’on leur reproche et ce qu’on attend d’eux. Cela, je crois, va
les stimuler!" Le fait est que la mise au point des évêques colombiens sera
jointe au rapport final ainsi que la réponse du gouvernement colombien qui
doit encore parvenir aux rapporteurs. Le document final sera ensuite divulgué sur une très grande échelle.
Les recommandations faites au gouvernement colombien demandent de
rétablir le pouvoir civil, car le pays vit actuellement sous état de siège,
de dissoudre les groupes paramilitaires et de renforcer le pouvoir judiciaire. Un appel a été lancé aux gouvernements européens et aux organisations internationales pour qu’ils envoient des observateurs sur place et
fassent pression sur le gouvernement de Bogota. (apic/ar/be)