Genève : images de fin de règne en Pologne (021189)
Genève, 2novembre(APIC) "Il faut tout faire et recommencer à zéro", s’est
exclamé Jacek Wozniakowski, rappelant la rupture brutale qu’a représenté le
changement de gouvernement en Pologne. Cet intellectuel catholique polonais, professeur à l’Université de Lublin et directeur de la maison d’édition "Znak" a énoncé lors d’un débat mis sur pied par le Centre catholique
d’études, de Genève, mercredi 1er novembre, un tableau saisissant des difficultés de l’économie polonaise, de son système légal digne d’un univers
kafkaïen et des problèmes rencontrés pour constituer une équipe de relève.
Devant un parterre attentif, composé en grande partie de Polonais vivant
à Genève, Jacek Wozniakowski s’est demandé comment traiter d’un sujet aussi
vaste et complexe que la situation de la Pologne d’aujourd’hui. Il a
finalement opté pour un tableau fait de petites touches, au lieu d’un
exposé ex-cathedra.
Jacek Wozniakowski a déclaré : "Il faut sortir des inepties de l’économie planifiée ou de l’économie lunaire, comme l’appellent les Polonais, et
il faut prendre en compte la loi de l’offre et de la demande qui a fait ses
preuves", a-t-il avancé.
Mais les réformes ne doivent pas se limiter au système économique, elles
doivent aussi permettre un rééquilibrage du système écologique. "80% de
l’eau et de l’air sont pollués, les limites fixées sont régulièrement dépassées", a-t-il affirmé.
Univers kafkaïen
Selon Jacek Wozniakowski, il faut aussi changer le système légal, la
magistrature. En effet, a-t-il ajouté, "il y a une telle accumulation de
lois que plus personne ne sait lesquelles sont encore valides; même les
avocats ne s’y retrouvent pas!" A se demander, a-t-il remarqué, si ce n’est
pas dans le but de fourvoyer le citoyen.
A ce sujet, il a cité l’exemple de la suppression de la loi sur
l’imposition de l’industrie de la construction - effectuée par le nouveau
gouvernement de Mazowiecki - qui a favorisé la création de 26.000 nouvelles
entreprises.
Former de nouvelles équipes
L’une des questions importantes qui se pose à la Pologne d’aujourd’hui,
est la constitution de nouvelles équipes dirigeantes. En effet, tous les
postes clefs étaient jusqu’à présent tenus par des membres du parti. Selon
l’orateur, l’organisation d’élections régionales et la création de
gouvernements locaux permettront de répondre en grande partie au problème
en favorisant la formation de nouveaux cadres politiques.
Enfin, Jacek Wozniakowski a abordé la question des rapports entre la
Pologne et l’Occident. Il a montré qu’une incompréhension par ce dernier de
la réalité polonaise a abouti à des erreurs importantes telles que l’octroi
de crédits par les Etats-Unis et l’Allemagne au gouvernement Gierek, peu de
temps avant son départ. Il a évidemment souhaité que ces incompréhensions
ne se reproduisent pas avec le nouveau gouvernement. Pour le futur, il a
souhaité l’instauration d’une économie de marché, tout en étant conscient
des limites et des carences d’un régime capitaliste. Une ouverture vers une
troisième voie ? (apic/pp/bd)