Genève, 7avril(APIC) Le Père Joseph Joblin, jésuite, qui vient de publier
"L’Eglise et la guerre", a animé mercredi 5 avril à la Mission diplomatique
française de Chambésy un débat consacré à l’éthique et le désarmement. Cette manifestation était organisée avec la collaboration du Centre des Organisations internationales catholiques. Plusieurs autres personnalités ont
également participé à ce débat: Olivier Fatio, professeur à la Faculté de
théologie de Genève; Marcos de Azambuja, représentant permanent du Brésil à
la Conférence sur le désarmement et à la Commission des droits de l’homme;
Miljan Komatina, secrétaire général de la Conférence sur le désarmement.
Pour le Père Joblin, avec la fin du Moyen-Age, se termine une période ou
la société peut se définir comme homogène, une "société de communion". La
religion, explique l’auteur de "L’Eglise et la guerre", ne structurant plus
la société, son discours de paix perd de son influence. Avec l’avènement
des nationalismes, déclare-t-il, commence une phase ou les conflits locaux
l’emportent sur toute idée de paix... les intérêts partisans empêchent toute vision de politique commune.
Selon l’orateur, avec les débuts des concertations internationales sur
le désarmement, principalement dès la fin de la seconde guerre mondiale, se
pose la question de l’éthique. Celle-ci doit être comprise dans une double
dimension, poursuit-il: théologique et pratique. Pour lui, le déarmement
doit être contractuel et global, et non pas imposé par le vainqueur. Il
doit en outre tenir compte de tous les types d’armes et concerner l’ensemble des pays.
Causes matérielles
Quant au représentant brésilien, il souligne que nul ne conteste qu’un
esprit de concertation s’est installé dans les relations internationales
après la fin des années 40. Pour lui, cependant, ce phénomène est la conséquence de raisons politiques et matérielles; il n’est pas dû à des motifs
d’ordre moraux. De même, les accords actuels sur le désarmement sont surtout le fruit de préoccupations économiques, précise-t-il, en reconnaissant
une dimension éthique aux accords sur les droits de l’homme ou sur la protection de l’environnement.
Autre orateur, le professeur Olivier Fatio s’est pour sa part demandé
quels enseignements on pouvait tirer des textes bibliques. Il y voit deux
indications contradictoires: soit ils légitimisent la guerre en tant que
"guerre juste", soit ils condamnent tout recours à la force. Si la violence
ne libère pas, relève-t-il, une absence de guerre équivaut à une paix sans
justice qui ne saurait satisfaire le chrétien. Dès lors, conclut le professeur Fatio, ne pouvant trouver de troisième voie, l’éthique évangélique
doit se montrer intransigeante et modeste. (apic/pp/pr)