Genève : du flottement chez les paroissiens traditionalistes (280688)
Genève, 28juin(APIC/Paolo Piccinni) Nous étions dimanche matin à la
sortie de la messe traditionaliste de l’Oratoire Saint-Joseph à Carouge.
Parmi les paroissiens, un leitmotiv revient sans cesse : "Ce n’est pas nous
qui sommes schismatiques, c’est Rome; regardez la rencontre d’Assise, c’est
inacceptable de voir le pape entouré de représentants des autres religions
païennes...". Pour certains, cependant, c’est le temps du doute : Mgr
Lefebvre est allé trop loin et ils ne le suivront pas après les ordinations
épiscopales de jeudi.
Un jeune d’une vingtaine d’années affirme avoir retrouvé la foi dans
l’Eglise catholique grâce à Ecône : "J’avais rejeté l’Eglise pendant un
certain temps parce que mon curé avait pris des positions franchement communistes". Même si le discriminant politique est moins important à Genève
qu’en France, il joue cependant un certain rôle dans le choix que des personnes ont fait en faveur des intégristes. Pourtant l’excommunication, qui
sera effective dès jeudi, n’est pas vécue facilement par cette personne.
Elle ne sait pas encore quelle sera son attitude.
"L’Eglise nous considère comme des parias"
Un autre jeune est encore plus hésitant. Certes, il n’est pas un vieux
fidèle d’Ecône, mais il va se rendre à l’ordination des quatre évêques.
Après, précise-t-il, il ne participera plus aux activités de la Fraternité
Saint-Pie X, car "Mgr Lefebvre est allé trop loin". Pour d’autres, au contraire, la situation actuelle était inévitable : "Je pense que l’ordination
des évêques était la seule solution pour Monseigneur, il a mûrement
réfléchi pendant une année et c’est certainement la décision qu’il devait
prendre!" Toujours selon la même personne, si elle ne pense pas que Rome va
martyriser les intégristes au niveau physique, elle estime par contre qu’au
niveau moral, l’Eglise les considère comme des "parias".
C’est avec la même vision d’une rupture fatale qu’un autre sympathisant
d’Ecône s’exprime. Son adhésion au mouvement intégriste a été motivée par
"le pire affront qu’on puisse subir" : on a refusé un enterrement religieux
à sa mère selon le "rite des ancêtres" en 1979. Mais, de fait, cette personne avait déjà suivi Mgr Lefebvre dès le début de 1962. C’était le commencement du Concile Vatican II et rien n’avait encore été décidé. Autre
paradoxe : il s’affirme oecuménique, ouvert, et déclare ne refuser personne, tout en s’insurgeant contre le fait que des représentants de diverses
religions se soient retrouvés à Assise et aient prié ensemble. D’autres
fidèles de l’Oratoire St-Joseph reprochent au Vatican de vouloir faire "une
nouvelle religion en amalgamant toutes les autres". (apic/pp/be)