Genève, 11novembre(APIC) Dans le cadre de son cycle de conférences, la
paroisse protestante de la Fusterie et le Centre protestant d’études ont
reçu mercredi soir à Genève le Père Albert Longchamp, rédacteur en chef de
"L’Echo illustré", ainsi que le curé catholique chrétien Franz Murbach, venus s’exprimer autour du thème "L’oecuménisme, facteur de division?" Le
premier a abordé les récents événements d’Ecône, le second, le schisme
après Vatican I.
Deux schismes entre lesquels une trop fréquente confusion est constatée,
a déploré le curé Murbach. La raison de la rupture entre les catholiques
chrétiens et Rome, lors de Vatican I en 1870, c’est l’adoption par ce dernier de deux dogmes: l’infaillibilité du pape et la primauté du successeur
de Pierre, a-t-il rappelé. En fait, selon l’orateur, "l’adoption de ces positions par Rome représentait un obstacle à une éventuelle unité de l’ensemble de la chrétienté, objectif des vieux catholiques. Car très vite, ils
vont tenter des rapprochements avec les orthodoxes, les luthériens, les
réformés et les anglicans".
"La structure que leur Eglise va adopter s’inspire de l’Eglise des premiers siècles: constitution synodale, évêque élu par le synode, messe dans
la langue du pays. Leur implantation se développera surtout dans les pays
germanophones. En Suisse, le premier évêque sera nommé en 1875, le rôle
d’Edouard Herzog sera essentiel", a expliqué le curé Murbach qui a reconnu,
en guise de conclusion, que même si les deux dogmes acceptés au XIX siècles
n’ont pas été revisés, la situation a beaucoup évolué depuis Vatican II.
Abordant pour sa part Vatican II et la Fraternité St-Pie X, le Père
Longchamp a d’emblée situé le sens du débat. Si le chef des intégristes a
rompu avec Rome, c’est parce que cette dernière, selon Mgr Lefèbvre, a trahi la tradition en acceptant les droits de l’homme, l’oecuménisme, la
collégialité épiscopale, les changements liturgiques, et fait une plus
grande place aux laïcs et aux femmes dans l’Eglise, a déclaré en substance
le Père Longchamp. D’ou, a-t-il expliqué, la conclusion souvent entendue
dans la bouche des disciples d’Ecône qui prétendent que ce ne sont pas eux
qui rompent, mais "Rome qui, depuis Jean XXIII, s’est séparée de la
vérité".
Pour le Père Albert Longchamp, le schisme de cette année ne s’explique
pas seulement pour des raisons théologiques et liturgiques, mais par un ensemble de causes qui tiennent au rapport entre l’Eglise et l’histoire. La
différence entre les deux schismes, a-t-il dit, apparaît désormais clairement: pour les vieux catholiques, il s’agissait de défendre une Eglise plus
évangélique, plus démocratique et décentralisée, cependant que pour Ecône,
le combat est bien celui de défendre une Eglise figée dans le temps. Et
ironie de l’histoire, a conclu l’orateur, alors que Marcel Lefèbvre s’est
toujours opposé au libre arbitre, c’est au nom de sa conscience qu’il s’est
décidé à consacrer les évêques, acte qui a abouti au schisme en juin dernier! (apic/pp/pr)