Genève: démarcation des territoires indiens au Brésil (240593)
Une campagne mondiale pour faire respecter les droits des Indiens
Genève, 24mai(APIC) La décision gouvernementale sur la démarcation des
territoires indiens au Brésil tombera en octobre prochain. Pourtant jusqu’à
aujourd’hui, sur un total de 509 territoires indiens - représentant environ
le 10% de la surface totale exploitable de l’Amazonie - seuls 87 ont été
régularisés. Il ne reste donc que quelques mois aux Indiens pour faire
aboutir leurs revendications. Le gouvernement brésilien fait traîner les
choses en longueur. D’où l’appel lancé lundi à Genève, au cours d’une conférence de presse, pour un élargissement de la campagne de soutien et la
prolongation du délai pour la reconnaissance des territoires indiens.
Deux Indiens membres de la Coordination des organisations indigènes de
l’Amazonie brésilienne (COIAB); Silvio Cavuscens, indigéniste suisse travaillant avec la COIAB; Denis Duc, responsable de la coordination européennee de la campagne de soutien et Dominique Froidevaux, responsable de la
Commission tiers monde de l’Eglise catholique (COTMEC) participaient à la
conférence de presse.
Silvio Cavuscens a d’abord présenté la situation actuelle au Brésil concernant la délimitation des territoires indiens. Sur un total de 509, seule
la situation de 87 territoires a été régularisée. Le reste se répartit de
la manière suivante: pour 93 territoires rien n’a été fait; 101 ont été
délimités, 64 identifiés et 164 homologués.
Blocages politiques
Selon le gouvernement brésilien, des motifs économiques seraient à la
base de l’impossibilité de reconnaître officiellement la démarcation des
territoires indiens. Argument contesté par Silvio Cavuscens, qui affirme
que ce sont plutôt des raisons politiques et des pressions des milieux économiques qui retardent le processus. Pourtant les droits des Indiens à la
terre ont été reconnus dans la Constitution de 1988. En fait il suffirait
d’une signature de ministre de la Justice et du président de la République
pour reconnaître les territoires déjà démarqués, ajoute Sivio Cavusacens.
Et de citer l’exemple des dossiers de 13 territoires indiens qui sont dans
les tiroirs à cause de pressions sur le gouvernement.
La COIAB représente un pas en avant
Depuis 1989, l’Organisation des peuples indigènes de l’Amazonie brésilienne a connu un saut qualitatif important. Jusqu’à cette date, les organisations étaient dispersées au niveau local et régional. Aujourd’hui, la
COIAB représente 180’000 Indiens et 140 peuples.
Amarillo Machado, Indien tucana, coordinateur et responsable de l’information de la COIAB, s’élève contre le fait que les Indiens ne soient pas
reconnus comme nation, alors qu’ils luttent pour cela depuis vingt ans. Il
dénonce aussi le fait que la Constitution de 1988, favorable aux Indiens,
ne soit pas appliquée. Condamnant en outre les massacres dont ont été victimers les Indiens, il fait remarquer qu’ils étaient 5 millions avant l’arrivée des colons portugais et qu’ils ne sont plus que quelques centaines de
milliers aujourd’hui.
Assassinats impunis
Ces assassinats sont perpétrés par des entrepreneurs, des propriétaires
terriens, des propriétaires de mines et autres chercheurs d’or, explique
Amarildo Machado. Il cite l’exemple de 14 Indiens "tucana" qui ont été tués
et dénonce la négligence du gouvernement qui ne fait rien alors qu’il est
au courant de ces assassinats. Entre 1988 et 1992, 172 dirigeants indiens
ont été assassinés. Enfin Amarildo Machado revendique le droit à la différence pour les peuples indiens, d’où l’importance de la lutte pour la démarcation des territoires qui permettra la conservation de la culture indigène.
José Adalberto da Silva, Indien macuxi, dénonce les conflits avec les
grands propriétaires et les chercheurs d’or, l’emprisonnement et l’assassinat d’Indiens. Quant à Amarildo Machado, il mentionne la cas de nombreux
suicides chez les jeunes Indiens guaranis qui n’ont plus aucune perspective
d’avenir.
Outre cette répression sanglante, il faut remarquer les déséquilibres
provoqués par la construction de barrages pour les centrales électriques,
par l’invasion des territoires par les chercheurs d’or, la propagation de
maladies comme la malaria qui menacent la vie des Indiens.
Enfin les organisateurs de la Conférence de presse ont lancé un appel à
l’amplification de la campagne de soutien, notamment pour la campagne de
récolte de signatures pour la pétition "Terre démarquée, vie préservée". On
compte aujourd’hui quelque 19’000 signatures en Europe (dont une large majorité en Suisse et à Genève) et quelques dizaines de milliers au Brésil.
L’objectif à atteindre: un million de signatures. (apic/pp/ba)