Vers une "perestroïka" religieuse ?
Genève, 9septembre(APIC) En Union Soviétique, il y a actuellement une
trentaine de personnes emprisonnées pour motifs religieux, a déclaré
vendredi à Genève M. Konstantin Khartchev, président du Conseil des affaires religieuses auprès du Conseil des ministres de l’URSS. A la tête d’une
délégation comprenant divers responsdables de l’Eglise orthodoxe russe, de
l’Union des baptistes chrétiens évangéliques de l’URSS, de l’Eglise apostolique arménienne et de l’Eglise évangélique luthérienne d’Estonie, M.
Khartchev était cette semaine en visite au Centre oecuménique.
S’il a d’abord affirmé que personne n’était en prison pour le simple
fait d’être croyant, M. Khartchev a ensuite reconnu que la législation religieuse de 1929 - une législation répressive - devrait être révisée au
plus tôt, bien que de nombreux articles ont été déjà abandonnés "de facto".
Il admet qu’une trentaine de personnes - dont il connaît bien le dossier sont encore emprisonnées pour leur foi en vertu des articles 142 et 227 de
la loi de 1929. Il y en aurait une centaine d’autres, selon la radio américaine "La Voix de l’Amérique", mais leur cas, précise-t-il, relève de violations du code pénal. Konstantin Khartchev relève qu’il a demandé l’amnistie des personnes emprisonnées pour leur foi religieuse au Soviet suprême
et qu’il espère l’obtenir.
Au cours de sa conférence au Conseil oecuménique des Eglises vendredi,
le responsable du Conseil des affaires religieuses a tenu à préciser que la
"perestroïka" cherchait des meilleurs moyens de réaliser le socialisme et
qu’il ne fallait pas la considérer conne une alternative ou une remise en
question de ce modèle de société. Concernant l’évolution de la situation
religieuse dans le pays, M. Khartchev a reconnu qu’il y avait une augmentation de la religiosité en URSS et que c’était en contradiction avec les
principes du marxisme-léniniste, puisque le communiste veut "le paradis sur
terre et alors qu’il n’y aura plus de Dieu ni de religion". Même si les
principes du marxisme-léniniste sont justes, avoue-t-il, il est difficile
de définir ce qu’est une société communiste parfaite et quand elle adviendra. En attendant, il faut bien vivre avec cette réalité qu’est la
croyance religieuse. Cela n’empêche pas - bien au contraire - la compétition idéologique avec les croyants, puisque le communisme considère la pensée
religieuse comme non scientifique. Mais ce combat doit se faire de manière
civilisée, avec les armes idéologiques, et non la répression, comme aux
temps de Staline, ou plus récemment, de la "stagnation" (ère Brejnev).
Il a relevé que bien des choses ont changé depuis l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir et qu’une évolution favorable se dessinait pour les
chrétiens: près de 400 nouvelles paroisses et communautés ont été enregistrées officiellement depuis le début de l’année, dont 300 paroisses orthodoxes; des monatères et des églises ont été rendus et de nouveaux lieux
de cultes se construisent. Dans la pratique, on a aboli les "instructions
secrètes" qui réglementaient les relations entre les Eglises et l’Etat soviétique. A son avis, il faudrait aller encore plus loin, et abolir les
dispositions répressives non seulement de "facto, mais également "de jure".
C’est la raison pour laquelle il s’attelle à une révision complète de la
législation religieuse de 1929. Des projets ont déjà été publiés dans la
presse, "par les ennemis de l’ouverture" précise-t-il, et suscitent de la
résistance. Il n’est pas évident pour tout le monde de redonner des droits
aux Eglises et de leur attribuer un statut juridique. A son avis, il faut
avancer prudemment dans ce domaine et tenir compte de la réalité soviétique. Il pense encore qu’il y a beaucoup de domaines ou chrétiens et communistes peuvent se joindre: les problèmes de la drogue, de la famille, de la
paix, etc, et l’on devrait plutôt insister sur ce qui les unit que sur ce
qui les sépare. (apic/be)