Genève : conférence sur la Nouvelle-Calédonie (181188)
Genève, 18novembre(APIC) Le pasteur Jacques Stewart, membre de la mission
qui a favorisé les "Accords de Matignon" de l’été dernier, Ben Hombouy,
pasteur de l’Eglise évangélique de Nouvelle-Calédonie et François Roux,
avocat du FLNKS, étaient invités mercredi soir à Genève pour une conférence
sur la Nouvelle-Calédonie. Ils étaient les hôtes de l’aumônerie protestante
universitaire, Dissidences et le Comité Paix.
François Roux n’a pu être présent pour des raisons qui laissent songeur
sur l’application de ces accords qui paraissaient ouvrir une période de
détente et de paix. Il a dû partir d’urgence en Nouvelle-Calédonie, car les
magistrats locaux font des résistances à l’application de l’un des points
des accords : l’amnistie des prisonniers non impliqués dans des crimes de
sang.
Les deux orateurs ont chacun tracé un pan de l’histoire de ce territoire
d’Outre-mer. Jacques Stewart a parlé des multiples conflits qui ont émaillé
la présence française sur l’île, quant au pasteur mélanésien, il a abordé
l’attitude des Eglises protestante et catholique.
Le premier a d’abord mis l’accent sur les origines de la culture
mélanésienne, vieille de 4000 ans avant J.-C., leurs traditions, sur les
rapports complexes entre mythes et réalité. A partir de 1842, la
Nouvelle-Calédonie devient un protectorat français, mais elle ne deviendra
une colonie qu’en 1853. Toute la deuxième moitié du XIXe sera marquée par
des immgrations successives, notamment de bagnards et d’exilés politiques les Communards. C’est aussi de cette époque que datent les premières prises
de possession par les Européens des mines d’or ou de nickel et des terres
les plus fertiles. Au début de ce siècle, les Mélanésiens seront spoliés
des 5/6 de leurs terres.
Les immigrations successives, celles attirées par exemple par le boom du
nickel vont aboutir à un fait démographique à première vue étonnant, les
autochtones deviennent minoritaires.
Les rapports politiques entre la Nouvelle-Calédonie et la Métropole seront marqués par de multiples status. le sentiment général qui en ressort
est qu’à chaque fois qu’un statut plutôt favorable aux Mélanésiens est
adopté, il n’est soit pas appliqué, soit remis en cause. Les résistances
politiques tant dans l’île que dans l’Héxagone finissent à chaque fois par
l’emporter. Ainsi en a été par exemple des réformes politiques et sociales
votées à l’époque des ministres Pisani et Fabius. Le changement de majorité
en France a balayé tous les espoirs. La poudrière semblait se rallumer dans
l’île, avec notamment les morts d’Ouvéa. Puis ce fut cette fameuse poignée
de main entre les dirigeants du FLNKS et du RPCR, Jean-Marie Tjibaou et
Jacques Lafleur.
Un défi
Les accords de Matignon représentent pour Jacques Stewart un grand
espoir et un signe d’un profond changement. En effet, c’est la première
fois que les deux communutés, les Caldoches et les Mélanésiens, ont accepté
un dialogue. Et "cet état d’esprit se retrouve aussi parmi les nombreuses
personnes que nous avons rencontrées lors de notre mission, tant chez les
représentants d’organisations politiques que chez les habitants ", a relevé
le conférencier. Certes, cette nouvelle ère nest pas exempte d’embûches.
Les récentes votations et les premières difficultés dans l’application des
accords sont là pour le montrer. Sans parler des votations fixées pour
1998.
Les Eglises
La présence des deux Eglises dans ce territoires d’Outre-mer est marquée
par "des zones d’ombres et de lumières". L’Eglise évangélique s’est efforcée depuis le début d’agir selon le principe de l’inculturation, même si
par moment elle a dû faire appel aux réformés français. Alors que l’Eglise
catholique, selon Ben Hombouy, s’est placée d’emblée dans une position
classique d’Eglise missionnaire. Elle n’a jamais réussi à être une Eglise
mélanésienne, alors qu’au départ son influence était majoritaire. Ces
différences se perçoivent notamment dans la provenance sociale des pasteurs
de chaque confession : les prêtres catholiques sont majoritairement des Européens, alors que 95% des pasteurs sont des Mélanésiens. Pour ce qui est
des attitudes politiques face à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie c’est la
même chose : l’Eglise évangélique est pour l’indépendance, l’Eglise catholique se tait. (apic/pp/bd)