dans le cadre de la "Quinzaine ignatienne"
Les chances d’un changement en Italie du Sud
Genève, 30octobre(APIC) Le Sud de l’Italie connaît un changement d’époque. Les transformations affectent tous les niveaux de la société méridionale qui passe du stade prémoderne à celui de postmoderne sans avoir connu
l’époque moderne. Ainsi, les bases sociales et culturelles du développement
de la mafia se trouvent minées. Tel est le diagnostic effectué lundi soir
à Genève par le Père jésuite Bartolomeo Sorge, directeur de l’Institut
d’études sociales et politiques de Palerme, qui joue un rôle important dans
la lutte anti-mafia en Sicile.
Le Père Sorge, qui a pris la parole dans le cadre de la "Quinzaine ignatienne" marquant le 500e anniversaire de la naissance d’Ignace de Loyola et
le 450e de la fondation de la Compagnie de Jésus, a analysé les principales
transformations qui touchent l’Italie du Sud. Mais aussi les réponses qui
émergent ces dernières années de l’expérience de Palerme, en particulier la
contribution apportée par l’Ecole des jésuites dans le domaine de la réflexion politique.
Le Père Sorge, 61 ans, qui fut conseiller très écouté du pape Paul VI et
l’un des principaux interlocuteurs de la démocratie-chrétienne, dispose de
l’encombrant privilège d’une voiture blindée et d’une escorte permanente de
quatre gardes du corps.
Une nouvelle conception de la politique
Le Père Sorge, qui a été pendant 25 ans directeur de la revue jésuite
italienne "Civilta cattolica", se trouve depuis le milieu des années 80 à
la tête de l’Institut d’études sociales et politiques. Cet Institut est
spécialisé dans la formation théorique et pratique de futurs cadres politiques "qui conçoivent la politique comme un service et non comme un pouvoir:
cette nouvelle conception de l’action politique est la clef pour une lutte
efficace contre la mafia".
Selon le Père Sorge, l’originalité de ce projet tient notamment au fait
que l’Institut n’est pas une école de parti, mais qu’elle s’adresse à des
diplômés de toutes tendances. L’école s’inspire des valeurs chrétiennes et
évangéliques et de l’enseignement social de l’Eglise catholique tout en
n’étant pas une école confessionnelle.
Du prémoderne au postmoderne
Les grandes transformations qui affectent le Sud de l’Italie touchent
les domaines culturel, économique et politique. Bartolomeo Sorge estime que
le "Mezzogiorno" est en train de basculer de "l’âge prémoderne à l’âge
postmoderne, sans avoir connu l’époque moderne".
Pour que le Sud réussisse cette transformation culturelle périlleuse, il
faut, dit-il, qu’il "laisse tomber sans regret ce qui est mort", sans pour
autant perdre l’héritage des générations passées. En outre, il faudra faire
attention à ce que la culture méridionale ne soit pas remplacée par des modèles culturels importés. Cette double difficulté ne peut être surmontée,
selon lui, que si l’on arrive à offrir aux populations du Sud des horizons
nouveaux. Dans ce contexte, la lutte contre la criminalité organisée est
grandement facilitée. Et la mafia, qui s’est juqu’à présent nourrie de la
mentalité et des coutumes populaires traditionnelles, voit ainsi ses bases
culturelles menacées par le changement.
Nouvelle ordre économique...
Pour permettre un réel développement harmonieux du Sud, il ne suffit pas
de mener une politique d’assistance et de soutien financiers, relève le Père Sorge. Il faudra dorénavant garantir une accélération de la vitesse de
développement de la zone méridionale, surtout dans la perspective du Grand
marché européen de 1992. A cet effet, il s’agit de créer un nouvel ordre
économique qui permette de satisfaire en premier lieu les besoins des gens.
En plus des changements culturels et économiques, on assiste depuis quelques années à Palerme à des modifications politiques.
...et politique
La corruption du personnel politique a pendant longtemps favorisé l’action de la mafia. L’incapacité de traduire en actions politiques concrètes
les résolutions anti-mafia était l’une des caractéristiques de la politique
palermitaine. Ceci a changé avec l’arrivée à la tête de la mairie de Palerme du maire démocrate-chrétien Leoluca Orlando, soutenu par le Parti communiste. Cette alliance contre nature, par rapport à la politique nationale
qui voit le PC dans l’opposition, a été rendue possible, selon le Père Sorge, par le fait que l’on a préféré l’accord pragmatique à l’entente partisane.
L’image du pouvoir politique a changé, la politique est vue comme un
service, les gens reprennent confiance dans l’administration. Des mouvements sociaux nouveaux tels que les Verts ou "Cité pour l’homme" ont apporté leur soutien au Conseil municipal.
Pour Bartolomeo Sorge, l’ensemble de ces métamorphoses sont des signes
d’espoir: "C’est la preuve que les choses peuvent changer. Et les valeurs
chrétiennes ont la force de nous aider", s’est-il exclamé. Espoir qu’il
s’agit de tempérer. Le maire Orlando a en effet été écarté de la mairie de
Palerme après les élections administratives du printemps dernier (apic/pppr)