"Prendre sa place pour la construction d’un monde sans torture"
Genève, 24septembre(APIC) Samedi 23 septembre à l’Université de Genève,
Guy Aurenche, président de la Fédération internationale de l’Action des
Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (FI-ACAT) a lancé un appel pour
que "chacun prenne sa place pour la construction d’un monde sans torture et
qu’en l’an 2000 ce défi devienne réalité". Devant une centaine d’auditeurs
il a traité de la torture sous trois angles différents : un panorama de la
réalité, quelques gestes de bâtisseurs d’un monde sans torture et l’action
spécifique des chrétiens.
Guy Aurenche a d’abord insisté sur le fait que la torture se retrouve
sous toutes les latitudes. La moitié du globe est touchée par cette pratique. De la Chine à l’Amérique centrale, de l’Amérique latine à l’Irak, de
la Turquie au Vietnam, rares sont les régions du monde qui y échappent.
"Comment définir la torture ?" s’est demandé le conférencier. Elle est
une relation personnelle totalement déviée, une démarche volontaire et programmée qui n’a rien à voir avec une simple gifle. D’autre part, la torture
s’intègre dans un système institutionnel et devient elle-même système de
gouvernement. Ce sont des souffrances physiques et pschychiques que l’on
impose à quelqu’un dans l’intention de le forcer à faire quelque chose, de
l’obliger à changer. On cherche ainsi à lui extorquer des aveux, à le punir, et ce peut être l’oeuvre d’un gouvernement ou d’un groupe désireux
d’accéder au pouvoir.
La torture se pare souvent de justifications. C’est le cas dans les régimes totalitaires qui n’acceptent aucun mode de pensée différent du leur.
On peut aussi faire appel à la torture dans le cadre de la lutte contre
l’ennemi qui menace l’unité nationale ou lorsqu’on essaie de combattre le
terrorisme. Pour Guy Aurenche la torture révèle les dysfonctionnements d’un
société. Mais elle n’a pas pour rôle de parler des méthodes de torture :
c’est aux victimes d’apporter leur témoignage.
Rompre le silence
Pour lutter contre la torture, il faut, selon Guy Aurenche, rompre le
silence, dénoncer publiquement tous les cas. Tous les hommes ont une responsabilité dans la construction d’un monde sans torture. Mais il faut aussi éviter des erreurs comme vouloir répondre à la torture par la violence.
Il est par contre utile d’envoyer des messages de protestation aux gouvernements tortionnaires. On doit aussi, a insisté l’orateur, faire appel aux
accords internationaux, faire pression lors de la signature d’accords économiques. Au niveau individuel, il faut lutter contre la tentation de cataloguer les gens en fonction de leur race, de leur religion ou de leur appartenance politique.
D’autre part, la société doit favoriser le développement de l’esprit
critique et le débat politique qui représentent des garanties contre l’instauration de la pratique de la torture. En outre, a indiqué Guy Aurenche,
une société qui ne punit pas ses tortionnaires est une société malade.
Le rôle des chrétiens
L’orateur a d’emblée précisé que les chrétiens n’ont pas de remède miracle contre la torture. Cependant, en s’inspirant de la parabole du bon samaritain, ils doivent prendre le risque de la solidarité concrète, prendre
le risque de l’autre. Ils ne doivent pas choisir parmi les victimes.
Ils ont en outre le devoir de dire la Parole, d’affirmer leur conception
du monde, qui exclut tout totalitarisme. Ils se doivent de dire la Parole
de Dieu afin de participer à la réhumanisation du monde. (apic/pp/cor)