Genève: christianisme et culture russe (080388)
Genève, 8mars(APIC) Le Centre Catholique d’Etudes de Genève a invité le
professeur Georges Nivat pour parler du christianisme et de culture russe
au XXème siècle, le lundi 7 mars à l’aula de l’Université. L’orateur, professeur de russe à l’Université de Genève, avant de présenter les divers
courants littéraires russes marqués par des préoccupations religieuses, a
situé les débuts de la sécularisation de la société russe. Cette rupture
entre Eglise et société date du XVIIIème siècle de Pierre le Grand et de
Catherine de Russie.
C’est à cette époque que sera supprimé le patriarcat de Russie. Il
faudra attendre le XIXe siècle, avec Dostoïevsky et Tolstoï, pour percevoir
un retour du religieux dans la littérature russe. Mais ce retour ne sera
pas définitif, l’histoire n’est pas linéaire. Dès le début du XXème siècle,
l’excommunication par le Synode du patriarcat russe de Léon Tolstoï consacre la rupture entre l’Eglise et l’intelligensia de ce pays.
On note chez Tolstoï trois positions importantes: la seule responsabilité du mal incombe à la société, un rejet des formes et des traditions, un
certain sens du sacré, notamment dans son roman "Anna Karénine". Ces idées
vont fortement influencer la culture russe. C’est ainsi qu’on voit apparaître la théosophie. Ce courant allie la gnose, l’ésotérisme et le paganisme. Parallèlement à ce courant dominant au début du XXe siècle, on assiste à quelques timides tentatives de rennaissance du christianisme dans
la culture russe, soit dans le pays, soit dans l’immigration. C’est à cette
époque, qu’on projette le troisième testament, synthèse de l’Ancien et du
Nouveau Testament.
Les années 40
Alors que la société soviétique est dominée par le rêve prométhéen
d’édification de l’homme nouveau, l’idée du religieux refait surface. On en
trouve des signes dès avant la deuxième guerre mondiale et surtout après.
"Le docteur Jivago" de Boris Pasternak ou "Le maître et Marguerite" en
sont les meilleurs exemples. Ainsi, malgré les persécutions dont a été victime, dans un consensus général, le clergé russe, le christianisme n’est
pas mort en Union soviétique.
Les oeuvres d’Alexandre Soljénistsyne, particulièrement "L’archipel du
Goulag" et "Une journée d’Ivan Dénissovitch" en sont l’illustration. Selon
Georges Nivat, les grandes questions, comme celle du pardon, ne peuvent
manquer de se poser dans les nuits des camps. Et c’est une autre intellectuelle russe, Mme Guinzburg qui a passé plus de vingt ans dans les camps
soviétiques, qui est aussi la preuve de cette résurgence du christianisme.
Sans oublier le jeune écrivain contemporain Valentin Raspoutine.
Dans sa conclusion, Georges Nivat a prophétisé que la crise actuelle du
rêve prométhéen ouvrait la porte à une quête spirituelle. Se manifestera-telle lors du 1000ème anniversaire du christianisme en URSS? (apic/pp/bd)