Genève, 4avril(APIC) Le Père Georges Cottier, dominicain et professeur de
philosophie, et Patrick de Laubier, sociologue et responsable du Centre
catholique d’Etudes (CCE) de Genève, ont tenté d’éclairer les diverses positions de l’Eglise catholique depuis deux siècles face à la Déclaration
des Droits de l’Homme, lors d’une conférence donnée au début de la semaine
à Genève.
Il y a deux siècles, lors de l’adoption par la Convention de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, pendant la Révolution française,
l’Eglise catholique s’est opposée fermement à cette Déclaration. Le pape de
l’époque, Pie VI, avait affirmé, dans une prise de position officielle, que
ces droits sont "contraires à la religion et à la société". Par contre,
lorsque l’ONU a promulgué la Déclaration universelle des Droits de l’Homme
en 1948, l’Eglise se montra plutôt favorable.
Pour Patrick de Laubier, il s’agit de bien comprendre le contexte de la
fin du XVIIIe siècle en France, pour expliquer la position de l’Eglise.
Certes, l’Eglise française connaît une période florissante. Quelque 160
évêques ont la responsabilité de 136 évêchés. D’autres part, le clergé
compte ennviron 130.000 prêtres et religieux sur une population totale qui
se chiffre à 26 millions d’habitants.
Ce succès numérique comporte cependant quelques points d’ombre. Par exemple, l’épiscopat se recrute essentiellement dans l’aristocratie. Le quart
des évêques est issus de treize familles seulement. En outre, la vie monastique connaît de graves difficultés; c’est notamment l’époque de la
suppression de la Compagnie de Jésus. Enfin, dans une époque marquée par
une effervescence intellectuelle, philosophique et politique, on assiste à
un déclin de la pensée catholique. Peu de voix s’élèvent pour répondre aux
encyclopédistes.
Menace pour l’Eglise
Vu la situation, la Déclaration des Droits de l’Homme est perçue, selon
Patrick de Laubier, comme hostile à l’Eglise, d’ou l’opposition du Vatican.
Lorsque sera adoptée, en 1790, la Constitution civile du clergé, qui
consacre le clergé français indépendant du Saint-Siège et attribue à
l’élection le choix des prêtres et des évêques, la grande majorité de ces
derniers s’y opposeront, même au prix de leur vie ou de l’exil.
Des questions plus politiques, telles que les liens entre l’Ancien
régime et l’Eglise, l’origine sociale de la majorité de l’épiscopat, la
très grande différence sociale entre ce dernier et les prêtres peuvent
aussi être des éléments importants de la compréhension du rejet par la
Vatican de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Abordant la période suivant la Deuxième Guerre mondiale, le Père Cottier
a souligné une lente évolution, qui a amené petit à petit l’Eglise
catholique à accepter et même, comme aujourd’hui, à souhaiter une
indépendance de l’Eglise face à l’Etat. Ceci est certainement un des
facteurs qui lui a permis de reconnaître l’importance de la Déclaration
universelle des Droit de l’Homme en 1948. Cette adhésion se retrouvera
confirmée par l’encyclique de Jean XXIII "Pacem in terris" et par toute
l’évolution postérieure à Vatican II.
Si nul ne conteste que les droit de l’homme sont nés dans le cadre d’une
civilisation chrétienne, on a aussi souligné qu’ils sont l’oeuvre des laïcs
et de la société. L’Eglise, quant à elle, se doit actuellement de se manifester surtout par un état d’esprit d’ouverture et de dialogue, et par une
contribution particulière à la défense des droits de l’homme. (apic/pp/bd)