Le chemin de tout un peuple à la recherche de l’espoir
Genève, 18 mars(APIC) Hôte du Centre culturel St-Boniface, à Genève, le
Prix Nobel de la Paix 1980, l’Argentin Adolfo Perz Esquivel, a présenté
mardi dans la cité du bout du lac sa tenture et son chemin de croix réalisés dans le cadre de la Campagne de Carême 1992. Rencontre, animations,
projections, informations et même dégustation de plats latino-américains
ont marqué cette manifestion placée sous le signe de la solidarité. Une
rencontre suivie du témoignage d’Adolfo Perez Esquivel sur une musique de
son épouse, Amanda, interprétée par un groupe de musiciens et de chanteurs,
puis d’un débat sur l’Amérique latine, dont on célèbre cette année le 500e
anniversaire de la "découverte".
"Avec mes 14 tableaux, j’ai voulu exprimer les souffrances et les
espoirs des peuples d’Amérique latine, leur histoire, mais aussi leur situation actuelle: la lutte des paysans sans terre, les milliers d’enfants
de la rue, la clameur des femmes d’Ayacucho, au Pérou, et des Mères de la
Place de Mai à Buenos Aires, à la recherche des disparus, l’oppression des
Indiens, les violations des droits de l’homme, les massacres, la dette extérieure, la pollution, le fossé Nord-Sud..." Cette croix que les peuples
de ce continent portent aujourd’hui, en marchant aux côtés de Jésus. Jusqu’à la résurrection.
Le ton est donné. "Nous devons faire une réflexion au sujet de l’évangélisation de l’Amérique latine. Nous remettre en question et faire une analyse critique. 500 ans, dans la vie de l’humanité, c’est une goutte d’eau.
Mais dans la vie des peuples, ils représentent trop de souffrances".
Pour le Prix Nobel de la Paix, la théologie de la libération part
précisémment de la vie concrète des chrétiens latino-américains. Un
engagement né d’une analyse que beaucoup ne partagent pas. A commencer par
certains intellectuels qui s’opposent un peu à tout: "Leur analyse, loin
d’être profonde, part d’un point de vue idéologique et politique. Une
analyse nécessaire, mais par trop partiale".
Sans complaisance
Perez Esquivel ne fait preuve d’aucune complaisance vis-à-vis de l’Europe: "Oui, la responsabilité de l’Europe est grande. Non seulement au sujet
de ce qui s’est passé avant, mais aussi par rapport à ce qui se passe maintenant". Il n’en fait pas davantage pour l’Amérique latine: "Nous devons
également reconnaître notre responsabilité. On ne peut pas toujours mettre
la faute sur les autres".
Les gouvernements sud américains ne sont pas épargnés: "Les démocraties
en Amérique du Sud sont encore faibles. On continue à violer les droits de
l’homme; à protéger les auteurs de ces actes en leur assurant l’impunité.
Les militaires les commettent, ces violations. Les gouvernements sont complices. Comme ils sont complices de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international qui font appliquer, à travers les gouvernements, une politique de capitalisation et de privatisation. Le tout sur le dos du peuple
qui s’appauvrit chaque jour davantage". L’espoir? "Les organisations populaires ont un grand rôle à jouer en se solidarisant entre elles et en réagissant face aux conflits qui se posent". Et Perez Esquivel de donner
l’exemple de l’Argentine en mentionnant un rapport de la Conférence épiscopale de son pays: "En Argentine "18’000 enfants meurent chaque année de
faim ou des suites d’une maladie non soignée".
L’épée de Damoclès
Les médias occidentaux préfèrent parler de la queue que font les Cubains
devant les magasins que de montrer les millions de pauvres d’Amérique latine qui ne peuvent, eux, pénétrer dans les supermarchés achalandés à l’européenne ou à l’américaine sans pouvoir y pénétrer, faute de moyens, admet le
Prix Nobel de la Paix. Péremptoire: "les pays sud américains ne sont pas
des démocraties, mais des ’démocratures’. La répression n’est pas une solution aux problèmes qui se posent et qui sont à l’origine de la misère. Il
ne suffit pas de voter librement et de dire ce que l’on pense". Et le militant argentin des droits de l’homme de s’insurger: "Cuba, avec qui je ne
suis pas d’accord dans bien des domaines, souffre d’une aggression économique très forte de la part des Etats-Unis". C’est-à-dire d’un pays qui n’a
pas hésité à soutenir la "contra" en lutte au Nicaragua contre le gouvernement sandiniste, à envahir le Panama et la Grenade, par exemple, dans l’indifférence des pays européens.
Oui, relève en conclusion Perez Esquivel, les forces armées représentent
une épée de Damoclès suspendue au-dessus des têtes des gouvernements de
l’Amérique latine. "Les gouvernements n’ont pas d’intérêt vital à changer
la situation. On viole non seulement les droits de de l’homme, mais aussi
le droit international. Dans ces conditions, il est difficile de lutter
sans violence. Une raison supplémentaire pour donner notre soutien aux organisations populaires qui luttent en faveur du rétablissement de ces
droits et du droit des paysans à la terre". (apic/pr)