Genève: 60e anniversaire des OPM genevoises (160990)
Genève, 16septembre(APIC) Deux idées maîtresses ont marqué vendredi soir
la table ronde organisée à l’Université de Genève par le groupe genevois
des Oeuvres pontificales missionnaires (OPM), dans le cadre de leur 60e anniversaire. Il ne peut y avoir de mission que si elle s’accompagne d’une
action d’aide au développement; le terrain de mission ne saurait se limiter
aux seuls pays du tiers monde, mais la tâche première de tout chrétien est
d’être missionnaire là où il se trouve. La table ronde était animée par Patrick Ferla, journaliste à la Radio Suisse romande.
Le public a d’abord entendu de brefs témoignages présentés par les différents orateurs venus de plusieurs continents, à propos de leurs propres
expériences de mission. La brésilienne Maria Irony Cardoso, responsable
d’un Centre d’action communautaire et membre d’une communauté de base, a
relaté la longue lutte de son peuple contre la dictature militaire et pour
la création d’espaces démocratiques et populaires. Elle a aussi décrit les
conditions de vie misérable des habitants des bidonvilles et des régions
pauvre comme celle du Nordeste, par exemple.
Joseph Kalamba, prêtre zaïrois qui exerce son ministère dans la région
de Bâle, et Louis Chamniern, prêtre thaïlandais provisoirement en France,
ont pour leur part raconté le choc subi par la rencontre entre leurs cultures et l’Occident. Le premier a mis en évidence les possibilités qu’offraient son séjour en Europe pour corriger les divers clichés qui existent de
part et d’autre et pour favoriser un réel partage entre deux Eglises qui
peuvent ainsi s’enrichir réciproquement.
Quant au second, il a insisté sur les particularités culturelles de son
pays largement influencé par le bouddhisme: "Les bouddhistes sont très religieux et pieux. Ce sont des gens très accueillants et tolérants, même
s’ils vivent dans la misère". Autre témoignage, celui de Soeur Marie-Paul
Despont, qui a parlé de sa vie missionnaire au Tchad, de sa rencontre avec
la misère vécue par les Africains, de son retour en Suisse, où elle continue un travail de mission au milieu des personnes les plus faibles et démunies du pays: "Le chrétien se doit d’être missionnaire là où il vit..."
Hiérarchie des valeurs
Les orateurs sont ensuite entrés dans le vif du débat souhaité dès le
début par Maria Irony Cardoso. Cette dernière a vivement insisté sur la
priorité d’un changement de structures dans les pays du Sud. L’évangélisation, selon elle, ne peut qu’amener à une critique violente du système en
place. Il faut, a-t-elle dit, lutter contre la dichotomie du corps et de
l’esprit qui nous a été imposée et nous devons contribuer à construire dès
aujourd’hui le Royaume de Dieu". Une position partiellement partagée par
Soeur Marie-Paul Despont, laquelle a affirmé que les problèmes sociaux précédaient le plus souvent l’évangélisation.
A l’opposé, le pasteur tchèque Milos Rechrt, qui vit temporairement à
Genève et qui avait été interdit de ministère pour avoir refusé de collaborer avec l’ancien régime communiste, a déclaré que pour l’Eglise il y a une
hiérarchie des valeurs. Selon lui, "la mission est d’abord spirituelle et
les chrétiens doivent être porteurs d’un message d’éthique politique qui
dépasse la politique". Il a souligné que les structures sont en premier
l’oeuvre des hommes et que par conséquent, il faut d’abord changer l’homme.
Joseph Kalamba s’est, lui, fait l’écho d’un discours plus pondéré en
souhaitant que l’on n’oppose pas évangélisation et développement: "Il faut
évangéliser dans la promotion humaine, promouvoir l’homme tout en apportant
les valeurs spécifiques à l’Evangile. C’est une totalité", a-t-il fait remarquer. (apic/pp/pr)