Genève, 20juillet(APIC) Que se passe-t-il à Bougainville, dans cette île
moignages sont rares et parfois contradictoires. Quant à la population de
l’île, elle pense que le monde l’a oubliée. Reste que le blocus entraîne la
mort et la souffrance pour des milliers d’habitants... les vivres et les
médicaments ne peuvent leur parvenir. Deux représentantes du Conseil oecuménique des Eglises (COE) sont de retour de cette région. Témoignages
L’ìle de Bougainville, qui fait partie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée
(PNG), est située au large de la côte nord-est de l’Australie. Le conflit,
qui dure depuis des années, oppose les forces de défense de la PNG à l’armée révolutionnaire de Bougainville (BRA), la branche armée de l’auto-proclamé gouvernement intérimaire de la République de Bougainville. Depuis
1990, les forces de défenses de la PNG imposent un blocus contre Bougainville. Elles contrôle aujourd’hui la partie nord de cette île longue de 200
km, ainsi qu’une petite partie de la région du sud.
Mais la partie prinicpale de l’île, située au centre, est sous contrôle
de la BRA. Cette zone est aujourd’hui complètement coupée du monde par le
blocus imposé. Les rares informations le confirment: les médicamants ne
passent pas, entraînant la mort de milliers de personnes. La maladie s’est
installée: paludisme, polio, coqueluche, tuberculose et choléra...
Des faits que confirment les deux représentantes du COE, Brenda Fitzpatrick, secrétaire exécutive de l’Unité IV du COE, "Partage et Service", et
Angelica Walker-Smith, membre de la Commission de cette Unité. Elles rendaient compte mercredi à Genève de leur voyage dans cette région oubliée du
monde.
La situation est "très urgente", a déclaré Brenda Fitzpatrick. Selon elle, l’armée utilise des produits chimiques toxiques sur la population locale. "La substance semble être du phosphore blanc, qui provoque des brûlures
sur la peau. Selon un jeune journaliste, Moresi Tua, dont elle rapporte les
propos, lui-même a tenté, avec six personnes, de faire passer des médicaments à Bougainville, à partir des îles Salomon. Les autorités de la PNG
ont intercepté leur embarcation, forcé les membres de l’équipage à partir à
la nage, avant de leur tirer dessus. Laissant des blessés mourrir dans
l’eau. Moresi déclare avoir été touché à quatre reprises et être resté dans
l’eau neuf heures avant d’atteindre le rivage.
Dans la partie centrale de l’île, les hôpitaux t les ciliniques ont été
fermés, faute de médicaments. dit-on. Des femmes enceintes et des enfants
sont morts par manque de soin. Selon la Soeur infirmière de l’hôpiatl
d’Arawa, aujourd’hui fermé, 10’000 peronnes sont mortes de maladies pourtant curables. Pas plus que les médicaments, les vivres ne peuvent franchir
le blocus. Récemment encore, Mgr Gregory Singkai, évêque de Bougainville,
admettait que sa santé s’était déteriorée et déclarait qu’une "partie de la
race humaine court un véritable risque d’être complétement anéantie. Et
rien n’est fait pour améliorer la situation".
D’après Brenda Fitzpatrick, les deux parties en cause s’accusent réciproquement de commettre des atrocités. On parle fréquement de viols et
d’utilisation de gens comme "boucliers humains". L’armée révolutionnaire de
Bougainville soutient qu’elle contrôle ses forces. La population, quant à
elle, semble divisée. Certaines personnes fuient les combats pour se réfugier dans des centres de soins gérés par le gouvernement. Des informations
parvenues de ces centres font toutefois états d’abus commis contre les réfugiés.
La population de Bougainville pense que le monde l’a oubliée. "Personne
ne se soucie-t-il de ce qui nous arrive?", s’est exclamée une Soeur infirmière réfugiée sur l’île de Gizo (Salomon) toute proche. Depuis plusieurs
années, différents organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux, y
compris les Eglises, demandent au gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée
de permettre à des équipes d’évaluer la situation. Des appels ont été lancés pour que l’aide humanitaire puisse franchir le blocus.
Pour Brenda Fitzpatrick, il est impossible d’établir exactement ce qui
se passe dans la partie centrale de Bougainville. Il est essentiel, a-t-elle conclu, que des observateurs indépendants soient autorisé à se rendre
sur place pour établir les faits.