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    Genève, 16octobre (APIC)

    APIC: Mgr Grab avait été accueilli sur Genève dans un climat tendu. Qu’en

    est-il aujourd’hui, après votre nomination et à la veille de votre ordination?

    Mgr Farine: Les tensions ont surgi à partir de réactions venues d’une partie du protestantisme, bien typé, qu’on pourrait qualifier de "traditionaliste" voire même d’"intégriste". D’une manière générale, je dirais que Mgr

    Grab a ouvert la voie. Par sa diplomatie, son sens des contacts, il a réussi à établir des relations humaines et fraternelles avec les différents acteurs de l’Eglise protestante. Il n’y a donc pas eu de conflit ouvert au

    moment de ma nomination. Il m’étonnerait toutefois que les personnes opposées au moment de l’installation de Mgr Grab aient aujourd’hui désarmé.

    Mais je le répète, ça n’est pas l’ensemble du protestantisme qui est opposé

    à la venue d’un évêque à Genève. Je crois qu’ils ont appris à connaitre ce

    qu’est un évêque. Sans doute pensaient-ils que l’évêque était une sorte de

    personnage très lointain, très haut... Et pour finir, ils se sont rendus

    compte que Mgr Grab était un homme qu’on pouvait aborder, rencontrer dans

    la rue, dans la vie de tous les jours, dans le bus ou les magasins.. En un

    mot au milieu des gens.

    APIC: Y aura-t-il une délégation protestante dimanche à Fribourg, ou encore

    des représentants d’autres Eglises?

    Mgr Farine: De l’Eglise protestante, je crois. Il y aura aussi des représentants du Rassemblement chrétien des Eglises de Genève...

    APIC: Deux dossiers attendent le nouvel évêque auxiliaire. L’affaire du

    "Courrier" et l’état préoccupant des finances... Est-ce que les ponts sont

    aujourd’hui rompus avec le "Courrier"?

    Mgr Farine: Non, il y a toujours des contacts. Il faut dire que le grand

    coup a été la séance du 12 juin, qui a, on peut le dire, tout fiché en

    l’air, même si la chose couvait depuis très très longtemps de part et d’autre. La décision de la Société catholique romaine, qui n’est pas celle de

    l’Eglise, a été malheureuse. Personnellement j’ai dit que c’était une décision immorale que de désigner une personne: on vous donne l’argent, mais à

    condition...

    APOC: Vous êtes membre de la Nouvelle association du Courrier (NAC). Vous

    engagerez-vous pour sauver ce journal, même si celui-ci a décidé de voler

    de ses propres ailes?

    Mgr Farine: Oui, tout à fait. Le "courrier" est un journal qui représente

    un certain catholicisme. Une famille d’esprit dans le catholicisme. Personnellement, j’aurais préféré voir davantage se développer des pages religieuses, au sens très large. Je veux dire pas uniquement la chronique de

    l’Eglise catholique, mais aussi celles de mouvements religeiux. J’aurais

    aimé lire ce qui se passe dans le monde au niveau religieux, que cela soit

    mieux pris en compte, avec des personnes compétentes. Mais bon, il n’y en a

    pas. Qu’est-ce que le journal a de catholique? Son option pour les pauvres

    est non seulement catholique mais encore évanglique. Et là, ils sont en

    plein dans l’Evangile. Si ce journal garde sa spécificité d’option pour les

    pauvres - humaniste et catholique - je ne vois pas pourquoi je devrais renier les bienfaits de ce journal.

    APIC: Pour en revenir aux finances, l’Eglise catholique à Genève enregistre

    quelque 800’000 francs de déficit dans le dernier exercice comptable. Va-ton vers une restructuration des services de l’Eglise?

    Mgr Farine: Le Conseil pastoral cantonal a récemment demandé à l’Eglise à

    Genève de déterminer un certain nombre d’options pastorales précises. Et

    Qu’elle s’y engage. Actuellement nous sommes une Eglise qui fait tout, y

    compris donner de l’argent un peu partout. Sans doute faudra-t-il à l’avenir cibler un certain nombre de priorités.

    APIC: Vous pouvez en avancer une ou l’autre, de ces priorités...

    Mgr Farine: L’engagement de l’Eglise dans le monde. Eglise et modernité.

    Pour moi, c’est le problème. Et tout le reste en découle... La vie du chrétien dans la société, les groupemens chrétiens comme la COTMEC ou Caritas

    au secours des plus démunis, ou encore la sensiblisation de l’Eglise par

    rapport aux plus pauvres, ici et dans le monde. S’agissant de restructuration, si vous entendez aussi licenciements, je vous dis qu’il n’y en aura

    pas. Ce qui est par contre envisagé, c’est de ne plus engager de personnel

    nouveau.

    Si on n’a pas de moyens financiers, est-ce que obligatoirement on périclite? Je vois les Eglises cantonales en Suisse alémanique, Argovie, Zurich... pour dire vulgairement, elles sont bourrées de fric. Alors je vous

    pose la question, la pastorale de ces Eglises-là de combien est-elle supérieure à la pastorale que nous faisons à Genève, qui sommes financièrement

    une Eglise pauvre? J’aimerais bien savoir.

    APIC: Et l’argent ne créé ni les idées ni l’engagement...

    Mgr Farine: Tout-à-fait. Voyez-vous, l’Eglise, c’est le noyau, c’est la vie

    du Christ, les sacrements... Et les sacrements son gratuits... C’est vrai,

    nous sommes une Eglise matériellement poauvre. Et je m’en réjouis d’un côté. On a au moins pas le problème de savoir comment placer notre argent,

    notre surplus. Ici, au vicariat épiscopal, à la curie de l’Eglise de Genève, dirons-nous, l’administratif tient trois bureaux: l’accueil, le secrétaire général et le fichier catholique. C’est tout. J’ai vu dans certains

    vicariats épiscopaux des bâtiments entiers remplis de gens que je ne sais

    pas ce qu’ils font, qui produisent du papier... Et moi je pose toujours la

    question: leur pastorale est-elle meilleure que la nôtre? Parce que la pastorale, en définitive, c’est de transmettre Jésus-Christ. Et pas du fric.

    APIC: L’état des finances de l’Eglise n’est-il pas quelque part le reflet

    d’une Eglise qui cesse d’être multidiniste pour devenir le petit troupeau

    de la Bible... Ne serait-ce pas aussi que l’Eglise, dans une société de

    consommation, n’interpelle plus ou ne trouve plus le langage pour parler

    parler à l’homme moderne?

    Mgr Farine: Je crois effectivement que nous devrions passer par une remise

    en question, si l’on tient compte du langage et des actes symboliques dans

    la société moderne. Regardez ces trente dernières années, depuis Vatican

    II... j’ai quand même l’impression que l’Eglise a toujours un peu une longueur de retard. Pas dans tous les domaines, certes, mais je crois qu’il y

    a énormément d’efforts à faire. Le monde va vite. Il est puissant, avec des

    moyens extraordinaires. Et nous, à côté, on est des petits Davids. Contre

    Goliath.

    APIC: N’y a-t-il pas décalage de langage entre l’Eglise et la réalité sociale contemporaine. L’Eglise ne craint-elle pas de perdre une jeunesse que

    le langage actuel de l’Eglise ne semble plus guère attendre, comme elle

    avait à l’époque en partie perdu le monde ouvrier?

    Mgr Farine: Sur ce dernier point je vous conteste. L’Eglise a perdu le monde ouvrier, dites-vous. Ne serait-ce pas que le monde ouvrier a perdu

    l’Eglise? Quant au décalage, je pense qu’il existait déjà au temps de Jésus. Nous annonçons un Evangile. Or cet Evangile a un certain nombre d’exigences, dont la plus fondamentale qui est "Aimez-vous les uns les autres".

    Dans une société de consommation, une société ou l’on court après l’argent,

    après des loisirs pour le loisir, dans une société où globalement il n’y a

    plus de sens et, pour citer Mitterrand, spirituellement au-dessous de zéro,

    effectivement, il y a décalage. Et il y aura toujours décalage. Notre discours sera toujours un discours décalé ou dérangeant. L’Egliye, les chrétiens, ceux qui essaient de vivre comme tels, seront toujours quelque part

    en porte-à-faux. Pas à cause de la rapidité du monde moderne, mais en raison de leur appartenance à l’Evangile.

    APIC: Est-ce qu’il reste une place pour l’innovation, pour un évêque, récemment nommé qui plus est. Quitte a déranger?

    Mgr Farine: Tout-à-fait. J’aimerais créer un rassemblement cantonal de jeunes. Une sorte de grand forum, où il y aurait des rencontres où l’on discuterait, où il y aurait de la musique, un engagement, de la prière. Parce

    que les jeunes prient, et plus que l’on croit. La confirmation est un autre

    moyen de rencontrer les jeunes, surtout qu’à Genève, on confirme à 16, 17

    voire 18 ans. J’attache beaucoup d’importance au dialogue dans ce momentlà. Qu’est-ce que l’Eglise peut présenter de nouveau à la veille de l’an

    2000 face au risque de dérives millnaristes ou aux peurs appocalyptique? La

    meilleure façon d’opposer un rempart à la peur, c’est de donner une espérance. Ce rassemblement des jeunes s’inscrirait là-dedans.

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