"Accueillir les réfugiés, titre de noblesse du chrétien"
Fribourg, 26février(APIC) "Foi et résistance", tel était le thème proposé
à la réflexion des participants au week-end organisé les 25 et 26 février
par l’équipe d’animation de Notre-Dame de la Route, à Villars-sur-Glâne,
près de Fribourg. Soeur Anne-Gabrielle, Emmanuelle Reusse et l’abbé André
Fol avaient fait appel, pour nourrir la réflexion, au Père Richard Friedli,
Dominicain et professeur de missiologie à l’Université de Fribourg et au
pasteur Daniel Corbaz, médiateur Eglises-réfugiés pour l’Eglise protestante
vaudoise. L’occasion pour la quarantaine de personnes présentes, venues de
l’ensemble de la Suisse romande et engagées dans l’accueil des réfugiés, de
penser la résistance à partir de leur foi et de signer une lettre de protestation adressée au Conseil fédéral.
Le week-end a abouti à la rédaction et à l’approbation d’une lettre
défendant les Kurdes requérants d’asile en Suisse et demandant aux autorités de "supprimer la "procédure accélérée 88" et de rétablir la procédure
normale appliquée à tous", de "prendre les mesures nécessaires pour respecter la dignité des personnes demandant l’asile", d’"intervenir aux niveaux
politique et économique pour que le gouvernement d’Ankara respecte les
droits du peuple kurde" et d’"interpeller les milieux économiques suisses
afin que nos entreprises ne soient plus productrices de chômeurs dans les
pays concernés".
La réflexion s’est orientée selon trois axes : une essai de systématisation des étapes de la résistance et une mise au jour de ses fondements spirituels; une interrogation sur sa signification dans un Etat de droit; une
évaluation de ses conséquences sur l’unité des communautés chrétiennes.
Spiritualité et stratégie de la résistance
Comment, pour des résistants, vivre les tensions intérieures nées de
l’action ? Comment s’y prendre avec l’administration ? Comment et avec qui
négocier ? Comment gérer les compromis ? Pourquoi s’engager en faveur des
requérants d’asile ? : autant de questions nées du partage d’expériences et
que le Père Friedli a commencé par classer, distinguant les difficultés
personnelles et psychologiques, techniques, organisationnelles, éthiques et
spirituelles.
Il a ensuite développé trois orientations pour une meilleure compréhension théologique de la résistance : voies exégétique, spirituelle et
stratégique. L’exégèse a dégagé la nécessité, dans toute action de résistance, de distinguer la fonction de la personne dans le respect de celleci. Puis le conférencier a proposé une spiritualité qui prend en compte la
"dimension politique" de la charité et voit dans la résistance un acte de
non-violence; il a repris les principes "gandhiens" du respect de l’adversaire, du sens de l’honneur, de la purification, de la charité patiente et
douce et préconisé comme moyens d’action, à la suite de l’apôtre de la nonviolence, la négociation, la préparation en groupe et des campagnes d’information.
Le Père Friedli a enfin étudié plusieurs stratégies de la non-violence :
celle-ci va en Suisse de la légalité à l’illégalité, de la protestation qui
s’opère à l’intérieur d’un système et fait des propositions constructives à
la désobéissance "civile" qui exclut d’un système et peut aller jusqu’à
exiger la redistribution du pouvoir.
Résister dans un Etat de droit
Quelle place, dans les démocraties, le droit réserve-t-il à la résistance et quelle attitude Jésus propose-t-il à ceux qui s’engagent dans un tel
acte ? C’est à ces questions qu’a tenté de répondre le pasteur Corbaz dans
son exposé.
Le conférencier a d’abord synthétisé les relations entre le droit et la
résistance : celle-ci, essentiellement admise comme opposition à toute tyrannie, se réfère à des valeurs fondamentales de respect des droits de
l’homme; le droit et le devoir de résister sont prévus par la loi.
A partir de textes de l’Evangile le pasteur Corbaz a présenté l’attitude
de Jésus : elle est de l’ordre du service et conteste la relation basée sur
le pouvoir en vue d’instaurer un monde nouveau; elle est réponse d’amour à
la violence et s’accomplit dans une tension permanente entre l’Eglise et
l’Etat, préoccupée d’éviter les pièges de l’exclusion et de la complicité.
En conclusion Daniel Corbaz a souligné les dangers et les apports de
tout acte de résistance : s’il déstabilise et menace l’ordre social, il
corrige les lois pour un plus grande dignité de l’homme : "l’illégalité de
notre action doit moins nous tourmenter que sa légitimité. La résistance
est une aventure, un titre de noblesse du chrétien".
La réflexion sur le concret a manifesté le besoin de lieux de dialogue
et l’importance d’espaces de communion. (apic/cor)