Fribourg: Une nouvelle fois pas de doctorats (091190)
Le recteur de l’Université "exaspéré" par le refus romain du "nihil obstat"
Fribourg, 9novembre(APIC) Augustin Macheret, recteur de l’Université de
Fribourg, s’est déclaré vendredi "exaspéré" par le refus romain d’octroyer
son "nihil obstat" pour certains des cinq candidats au doctorat honoris
causa proposés par la Faculté de théologie. Il souhaite l’abolition de cette "tutelle" qui ne concerne que la Faculté de théologie et rappelle qu’en
son temps l’abbé Journet - qui allait plus tard devenir cardinal - avait
lui aussi dû subir ce genre de veto pour ses critiques... contre le régime
du généralissime Franco!
Les objections en provenance de Rome ont amené la Faculté centenaire elle fête son jubilé cette année - à renoncer une nouvelle fois à décerner
des titres de docteur honoris causa lors du "dies academicus" jeudi prochain, journée de clôture officielle du centenaire de l’Université. Malgré
le risque de manifestations étudiantes, "qui font tout à fait partie de la
vie universitaire", le recteur Macheret pense que la fête ne sera cependant
pas gâchée pour autant. Cette affaire d’autre part n’affecte pas vraiment
l’image de l’Université : il en faudrait quand même davantage, car l’image
de l’alma mater friburgensis est avant tout déterminée par la qualité de sa
recherche, de son enseignement, sa renommée nationale et internationale...
"Le stress du ’nihil obstat’"
Dans une interview accordée vendredi à l’agence APIC, Augustin Macheret
"déplore profondément que le centenaire de notre Faculté de théologie soit
ainsi assombri". Il est tout de même navrant, poursuit le recteur, "que de
hautes personnalités du monde scientifique et théologique, que la Faculté
voudrait précisement honorer, finissent par se retrouver, années après années, au banc des suspects et au coeur de débats parfaitement désagréables!"
Il regrette que les personnes ainsi mises en cause apparaissent finalement dans la communauté universitaire et dans l’opinion publique comme des
personnes n’ayant pas été jugées "personae gratae" pour les autorités ecclésiastiques. Depuis qu’il est recteur, Augustin Macheret affirme avoir
vécu le "stress du ’nihil obstat’" presque une fois sur deux. Evoquant
l’affaire du Père Ludwig Kaufmann en 1987, il relève que "c’est quand même
pénible".
La collation de doctorats honoris causa, de même d’ailleurs que celle
des grades académiques en général, est de la compétence des Facultés. Mais,
relève le recteur, "si je me permets d’intervenir dans cette affaire, c’est
que je constate que ces difficultés impliquent finalement l’institution
dans son ensemble, et ne laissent indifférents ni le recteur ni le
rectorat".
Les nouveaux statuts permettront d’abolir le "nihil obstat"
Les organes centraux de l’Université, et en particulier le rectorat,
"sont vraiment las d’avoir à subir périodiquement à l’approche du ’dies
academicus’ ce genre de stress". Ces problèmes, poursuit Augustin Macheret,
"pourraient donner à penser que nous ne jouirions pas à Fribourg d’une
pleine liberté académique, ce qui est absolument faux!". Il reconnaît
cependant la spécificité de la Faculté de théologie catholique, qui
enseigne au nom d’un magistère. Elle bénéficie malgré cela d’une grande
liberté scientifique, ce qui explique peut-être d’ailleurs le fait que des
tensions puissent apparaître avec la hiérarchie ecclésiastique.
Quant au "nihil obstat" pour les docteurs honoris causa de la Faculté de
théologie, il risque bien de disparaître bientôt. En effet, le Sénat (parlement) de l’Université, a approuvé à l’unanimité en mars dernier les nouveaux statuts que s’est donné la Faculté. Le 20 avril 1990, ces statuts ont
été transmis à Rome pour approbation, comme le dispose le statut juridique
de la Faculté de théologie.
Le maître général des dominicains, le Père Damian Byrne, qui est le
Grand Chancelier de la Faculté, doit d’abord demander le préavis de la Conférence des évêques suisses. Il doit ensuite transmettre ces statuts pour
approbation à la Congrégation pour l’éducation catholique, puis finalement
à l’Etat de Fribourg pour ratification. Cette procédure est actuellement en
cours. Si les nouveaux statuts sont approuvés, ils "affranchiront la Faculté de théologie de toute tutelle en ce qui concerne la collation des doctorats honoris causa".
Actuellement, selon l’article 38 de l’ordonnance d’application de la
Constitution apostolique "Sapientia christiana", le consentement du Grand
Chancelier est requis et ce dernier doit obtenir le "nihil obstat" du
Saint-Siège. Si les nouveaux statuts étaient déjà en vigueur, "on se serait
épargné pour le centenaire ce nouvel incident!". Il rappelle que la Faculté
de théologie catholique de Tübingen n’est pas soumise à ce genre de contrainte. En conclusion, le recteur Macheret se déclare "attristé de constater que l’on vit une sorte de drame de l’incommunicabilité" avec certaines
autorités de l’Eglise". Il regrette que "des congrégations romaines se préoccupent si peu du contexte difficile dans lequel la Faculté de théologie
de Fribourg est appelée à oeuvrer" et demande le droit à une certaine "inculturation" à la réalité suisse. (apic/be)