Fribourg : Une délégation officielle présente la (180689)
Toujours la méfiance chez les réfugiés Hutu en Suisse
Fribourg, 18juin(APIC/Jacques Berset) A l’invitation de la communauté burundaise de Suisse, une délégation officielle du Burundi a présenté samedi
à Fribourg le rapport de la Commission nationale chargée d’étudier la question de l’unité nationale dans ce pays d’Afrique centrale régulièrement secoué par des massacres interethniques. Une bonne cinquantaine de Burundais
venus de toute la Suisse ont débattu durant près de cinq heures, parfois
avec passion, avec les représentants de leur gouvernement. Les réfugiés Hutu, s’ils n’ont pas rejeté la main tendue par le pouvoir en place à Bujumbura, se sont tout de même montrés sceptiques et ont demandé la mise en jugement des responsables des massacres.
Même si le Burundi ne fait plus la une de l’actualité depuis les massacres interethniques d’août dernier dans le nord du pays - qui n’ont heureusement pas eu l’ampleur de ceux de 1972 - mais ont tout de même fait
plusieurs milliers de morts et des dizaines de milliers de réfugiés, la situation sur place demeure explosive et il suffirait d’une étincelle pour
que tout recommence. Mais, fragile signe d’espoir, la minorité Tutsi (15 %
de la population) qui monopolise le pouvoir depuis des décennies a ouvert
son gouvernement qui comprend maintenant des ministres Hutu. L’un d’entre
eux, Karikuburu Charles, Ministre du Travail et de la Formation Professionnelle était à Fribourg, en compagnie de Habonimana Balthazar, représentant
permanent du Burundi auprès des organisations internationales à Genève, Hutu lui aussi.
Mettre fin aux discriminations ethniques
Les divisions ethniques, régionales et claniques sont un véritable cancer au sein de la société burundaise, et elles ont déjà provoqué plusieurs
graves tragédies sanglantes depuis 1965, a rappelé l’ambassadeur Habonimana. C’est la raison pour laquelle le chef de l’Etat, le major Pierre Buyoya
(qui a renversé la dictature du colonel Jean-Baptiste Bagaza le 3 septembre
1987, au plus fort moment de la crise en l’Eglise et l’Etat) a mis sur pied
une Commission chargée d’étudier la question de l’unité nationale. Ses 24
membres sont tant des représentants de la minorité Tutsi que celle de la
majorité Hutu. La minorité ethnique Twa a cependant été oubliée, a fait remarquer l’un des participants. Instituée en octobre, cette Commission a remis son rapport le 13 mai dernier. Parmi ses conclusions, la Commission affirme que "le Burundi doit à jamais bannir les pratiques discriminatoires".
C’est qu’à l’origine des conflits qui ensanglantent le pays depuis l’indépendance, il y a la discrimination : dans un document rédigé en mai 88
par le diocèse de Bururi, on relevait une injustice délibérée dans la distribution des postes de responsabilité en faveur de la minorité Tutsi, le
critère ethnique primant sur le critère de compétence; la défense nationale
ressemble à la défense d’une seule ethnie, puisque les Hutu sont pratiquement exclus de l’armée; l’éducation nationale est organisée uniquement au
profit des Tutsi, et un système d’identification ethnique existe pour les
examens permettant d’écarter les Hutu.
Toutes ces données n’ont pas été contestées par les officiels participant au débat, qui ont pourtant affirmé que les choses étaient en train de
changer. La preuve : 98 % des réfugiés Hutu d’août dernier sont revenus du
Rwanda et se trouvent en sécurité au Burundi. Dans la salle, plusieurs
réfugiés ont lancé : "Nous ne sommes pas pressés de retourner! Des rapatriés ont été maltraités ! Que les responsables de crimes, Hutu ou Tutsi,
soient jugés."
Les officiels ont alors répondu qu’il ne fallait pas instaurer un
système de vengeance, qu’il y aurait trop de monde à punir et que ces crimes avaient été commis dans une situation de guerre. La salle a alors
rétorqué qu’après la guerre, ce n’est pas le peuple allemand qui a été jugé
en tant que tel, mais ses responsables, à Nuremberg, et que c’est seulement
ainsi que l’Allemagne a pu être reconstruite. C’est surtout l’armée qui a
été mise en cause, elle qui garde la haute main sur le pouvoir à travers le
Comité militaire pour le salut national. Une armée dont tous les officiers
sont Tutsi... mais qui promet d’être désormais au service de toute la
nation. (apic/be)