Honorer la mémoire du coopérant bullois
Bulle, 15février(APIC) Il y a exactement deux ans, le 16 février 1986, un
jeune Fribourgeois de 29 ans, Maurice Demierre, volontaire du mouvement
chrétien d’aide au développement "Frères sans Frontières", était assassiné
au Nord du Nicaragua en compagnie de cinq paysannes nicaraguayennes par un
commando de la "contra" antisandiniste. C’est pour honorer sa mémoire
qu’une "Brigade Maurice Demierre" partira de Fribourg pour cinq semaines en
juillet prochain aider à la construction d’une crèche et d’une école pour
les enfants de la coopérative de café de "Chale Aslam", non loin du lieu ou
un autre coopérant suisse, Yvan Leyvraz, est également tombé sous les balles des "contras".
Parmi les personnalités et mouvements qui soutiennent cet engagement,
notons la présence au sein du Comité de patronage du conseiller d’Etat fribourgeois Raphaël Rimaz (UDC), du Père dominicain Guido Vergauwen, professeur de théologie fondamentale à l’Université de Fribourg, de Paul Jubin,
de l’Action de Carême, des chanteurs Michel Buhler et Yvette Théraulaz, de
Frères sans Frontières, de l’Action catholique agricole et rurale ACAR ainsi que différents responsables syndicaux et politiques.
"Il ne faut pas que Maurice soit mort pour rien, a déclaré lundi au
cours d’une conférence de presse à Bulle Mme Jacqueline Demierre, la mère
du coopérant bullois, il faut que l’on sache la vérité sur ce qui se passe
au Nicaragua, comment la "contra" massacre les civils, les femmes et les
enfants. C’est parce que ce massacre continue que nous devons continuer
aussi à aider ces gens... C’est devenu une seconde patrie pour nous".
Pour Charles Chenaux, militant de l’ACAR et membre du Comité fribourgeois contre les injustices foncières, il est plus que jamais nécessaire de
poursuivre la solidarité avec le peuple du Nicaragua. A la tête d’une délégation de paysans de l’ACAR, il s’était rendu en février 1987 au Salvador
et au Nicaragua, "sur les traces de Maurice Demierre". Il en est rentré
convaincu : "Avant la révolution, avant la réforme agraire, les petits paysans étaient des esclaves; ils ont payé très cher pour acquérir cette terre, dans chaque famille il y a des morts, pas seulement des militaires,
souvent des enfants, des civils. Cette révolution leur a mis dans les mains
le droit et la responsabilité de construire une société nouvelle, une société en faveur de la majorité de la population, qui est composée de paysans pauvres... Dans les communautés que nous avons visitées, nous avons vu
que leur vie était vraiment basée sur l’Evangile. Nous avons vu aussi que
le conflit en Amérique centrale n’était pas un conflit Est-Ouest, entre
communistes et capitalistes, comme on veut nous le faire croire, mais un
conflit Nord-Sud, entre riches et pauvres."
"Frères sans Frontières" - qui a 12 volontaires actuellement sur le terrain au Nicaragua - soutient également cette brigade fribourgeoise de solidarité, qui compte déjà cinq inscriptions. Plus de 500 Suisses sont partis
au Nicaragua ces dernières années dans le cadre de ces "brigades de solidarité" mises sur pied par les Comités de solidarité avec l’Amérique Centrale. Elles ont participé à la récolte du café, à la construction de crèches,
de jardins d’enfants, d’écoles, de dispensaires, d’adductions d’eau potable, etc. A leur retour, ces volontaires témoignent de la réalité vécue
dans le but de sensibiliser la population suisse au drame vécu en Amérique
Centrale. 7 villes suisses - Bâle, Berne, Bienne, Delémont, Olten, Soleure
et Zurich - ont déjà on sont en voie de réaliser un jumelage avec une ville
nicaraguayenne. Les amis de Maurice Demierre souhaiteraient que Bulle entreprenne la même démarche avec la bourgade de Villanueva, ou le coopérant
suisse avait sa maison. (apic/be)