"On aurait pu libérer le Koweit par des moyens pacifiques"
Fribourg, 31janvier(APIC) Le Koweit aurait pu être libéré par des moyens
pacifiques parce que l’embargo s’avérait de plus en plus efficace: l’industrie lourde irakienne était déjà paralysée à 40 % - affirme l’écrivain et
philosophe Jean-Marie Muller. Mais les Etats-Unis ont préféré la solution
militaire pour s’opposer à l’agression manifeste de l’Irak. Le militant
non-violent, de passage jeudi soir à Fribourg, soupçonne que les EtatsUnis, "frustrés" d’avoir perdu leurs ennemis à l’Est, veulent à travers le
conflit du Golfe se profiler à nouveau comme les leaders du monde libre et
démontrer une fois pour toutes leur supériorité technologique.
De l’avis de cet ancien officier de réserve de l’armée française, il ne
fait pas de doute que l’Irak sera tôt ou tard écrasé, "mais le remède est
pire que le mal, car la guerre n’apportera pas la moindre solution politique au conflit". Ainsi, le fossé qui se creuse entre l’Occident et les peuples arabes et musulmans est lourd de menaces futures.
Invité par plusieurs mouvements fribourgeois d’inspiration chrétienne ou
pacifiste, Jean-Marie Muller, objecteur de conscience à cause de la guerre
d’Algérie et depuis les années 70 "professionnel à plein temps" de la nonviolence, a présenté une analyse originale de la dynamique de paix au
Moyen-Orient. Cet "homme de gauche", comme il se présente, a voté pour
François Mitterrand, mais aujourd’hui, il condamne sa politique dans le
Golfe : "L’erreur de l’Europe, et de la France en particulier, c’est de ne
pas avoir attendu encore quelques mois pour s’assurer de l’échec ou de la
réussite de l’embargo, et d’avoir accepté le diktat américain pour le vote
de la résolution 678 du Conseil de sécurité, la guerre programmée".
Le Pacte de Varsovie "biodégradé" par la résistance non-violente
Pour Jean-Marie Muller, on ne peut pas comprendre les événements du Golfe sans les resituer dans la perspective de la sortie de la "guerre froide". C’est la résistance non-violente des sociétés civiles (comme la lutte
du KOR dès 1976 puis de Solidarnosc, en Pologne, la "révolution de velours"
de Vaclav Havel en Tchécoslovaquie) qui a permis de sortir des systèmes totalitaires en Europe de l’Est.
On nous a toujours accusés d’être des pacifistes, lance-t-il, et en Europe, le pacifiste est compris comme le partisan de la paix à tout prix,
celui qui préfère la paix injuste à la guerre contre l’injustice. On nous a
accusés de faire le jeu de l’ennemi, du communisme. On nous disait: "Avec
Gandhi, c’était bien facile, parce qu’il avait en face de lui des gentlemen
britanniques, avec Martin Luther King, c’était bien joli, parce qu’il était
dans la meilleure démocratie du monde, mais allez donc prêcher la non-violence dans les pays communistes!". Et, affirme-t-il, les militants y sont
allés pour rencontrer des résistants qui mettaient en oeuvre des stratégies
non-violentes, qui ont réussi en quelques années à "biodégrader" le Pacte
de Varsovie.
Un "lot de consolation"
C’était alors la grande espérance de pouvoir construire enfin un nouvel
ordre international étant donné la fin de la guerre froide et de la menace
communiste. Mais, estime-t-il, l’"empire du mal" s’étant effondré à l’Est
et l’Amérique étant privée d’ennemis, "il y a eu ce lot de consolation dans
le Golfe!". (apic/be)