"On aurait pu libérer le Koweït par des moyens pacifiques"
Fribourg, 1erfévrier(APIC) Le Koweït aurait pu être libéré par des moyens
pacifiques parce que l’embargo s’avérait de plus en plus efficace: l’industrie lourde irakienne était déjà paralysée à 40 %, affirme l’écrivain et
philosophe Jean-Marie Muller. Mais les Etats-Unis ont préféré la solution
militaire pour s’opposer à l’agression manifeste de l’Irak. Le militant
non-violent, de passage jeudi soir à Fribourg, soupçonne que les EtatsUnis, "frustrés" d’avoir perdu leurs ennemis à l’Est, veulent à travers le
conflit du Golfe se profiler à nouveau comme les leaders du monde libre et
démontrer une fois pour toutes leur supériorité technologique.
De l’avis de cet ancien officier de réserve de l’armée française, il ne
fait pas de doute que l’Irak sera tôt ou tard écrasé, non seulement son potentiel matériel, mais également son peuple. De plus, "le remède est pire
que le mal, car la guerre n’apportera pas la moindre solution politique au
conflit, et l’on va créer un vide dangereux dans la région". Le fossé qui
se creuse rapidement entre l’Occident et les peuples arabes et musulmans
est lourd de menaces futures.
Invité par plusieurs mouvements fribourgeois d’inspiration chrétienne ou
pacifiste, Jean-Marie Muller, objecteur de conscience à cause de la guerre
d’Algérie et depuis les années 70 "professionnel à plein temps" de la nonviolence, a présenté aux quelque 150 auditeurs présents jeudi 31 janvier à
la salle paroissiale de Saint-Pierre à Fribourg une analyse originale de la
dynamique de paix au Moyen-Orient. Cet "homme de gauche", comme il se présente, a voté pour François Mitterrand, mais aujourd’hui, il condamne sa
politique dans le Golfe : "L’erreur de l’Europe, et de la France en particulier, c’est de ne pas avoir attendu encore quelques mois pour s’assurer
de l’échec ou de la réussite de l’embargo, et d’avoir accepté le diktat
américain pour le vote de la résolution 678 du Conseil de sécurité, la
guerre programmée".
Le Pacte de Varsovie "biodégradé" par la résistance non-violente
Pour Jean-Marie Muller, on ne peut pas comprendre les événements du Golfe sans les resituer dans la perspective de la sortie de la "guerre froide". C’est la résistance non-violente des sociétés civiles (comme la lutte
du KOR dès 1976 puis de Solidarnosc, en Pologne, la "révolution de velours"
de Vaclav Havel en Tchécoslovaquie) qui a permis de sortir des systèmes totalitaires en Europe de l’Est.
On nous a toujours accusés d’être des pacifistes, lance-t-il, et en Europe, le pacifiste est compris comme le partisan de la paix à tout prix,
celui qui préfère la paix injuste à la guerre contre l’injustice. On nous a
accusés de faire le jeu de l’ennemi, du communisme. On nous disait: "Avec
Gandhi, c’était bien facile, parce qu’il avait en face de lui des gentlemen
britanniques, avec Martin Luther King, c’était bien joli, parce qu’il était
dans la meilleure démocratie du monde, mais allez donc prêcher la non-violence dans les pays communistes!". Et, affirme-t-il, les militants y sont
allés pour rencontrer des résistants qui mettaient en oeuvre des stratégies
non-violentes, qui ont réussi en quelques années à "biodégrader" le Pacte
de Varsovie.
Un "lot de consolation"
C’était alors la grande espérance de pouvoir construire enfin un nouvel
ordre international étant donné la fin de la guerre froide et de la menace
communiste. "Mais, estime Jean-Marie Muller, l’’empire du mal’ s’étant effondré à l’Est et l’Amérique étant privée d’ennemis, il y a eu ce lot de
consolation dans le Golfe!". Les Eglises peuvent-elles intervenir pour contribuer à rétablir la paix ? Jean-Marie Muller, qui se considère comme un
chrétien sceptique face aux Eglises comme institutions, affirme que l’une
des raisons de cette guerre est "la démission devant la violence de l’ensemble des religions, et tout particulièrement des trois religions monothéistes: il y a là un échec historique dramatique". (apic/be)