Fribourg : un évêque brésilien de passage (300588)
Fribourg, 30mai(APIC/Yvan Mudry) Invité par Mission et Romandie, Mgr Marcelo Pinto Carvalheira, évêque de Guarabira,une ville proche de Recife dans
le Nord-Est brésilien, était dimanche 29 mai au Bouveret. De passage à Fribourg ou il donnait lundi soir une conférence publique à St-Hyacinthe sur
le thème "Les baptisés font l’Eglise", il a dressé pour l’agence APIC un
bilan des défis auxquels l’Eglise du Brésil est affrontée aujourd’hui.
Mgr Carvalheira se dit heureux d’apprendre l’élévation au cardinalat
dimanche 29 mai de Mgr José Freire Falcao, archevêque de Brasilia et de Mgr
Lucas Moreira Neves, dominicain, évêque de Sao Salvador da Bahia. "Nous
nous y attendions" et nous sommes persuadés qu’ils sont en mesure de
défendre à Rome la cause du tiers-monde, a-t-il ajouté. Mgr Moreira Neves
est un cousin du président élu après la dictature, Tancredo Neves.
L’Eglise déçue par la politique de José Sarney
L’Eglise du pays avait mis beaucoup d’espoir en Tancredo Neves qui
devait succéder le 15 mars 1985 au général Joao Baptista Figueiredo. Mais
la veille du jour de la transmission du pouvoir, Tancredo Neves tombait
malade et il mourrait cinq semaines plus tard. José Sarney a alors assumé
le pouvoir, affirmant vouloir respecter absolument la ligne proposée par le
défunt. Trois ans plus tard, l’Eglise déchante. "Nous sommes déçus, affirme
Mgr Carvalheira, les grandes réformes promises n’ont pas été réalisées".
La réforme agraire escamotée
Récemment a été voté un projet de réforme agraire. Mais il ne touche que
"la terre improductive". Ce qui revient à dire, pour Mgr Carvalheira, qu’il
n’y aura pas de véritable réforme. Le gouvernement propose aux paysans sans
terre de coloniser des terre improductives. Pour Mgr Carvalheira, c’est
faire violence aux paysans, c’est escamoter une réforme en proposant la colonisation de terres vierges.
Les propriétaires veulent expulser les travailleurs pour introduire partout la canne à sucre. Le 50 % des terres du diocèse de Guarabira sont déjà
dévolues à la monoculture de la canne à sucre. La Conférence épiscopale du
Brésil à créé une Commission pastorale de la terre. La position de l’Eglise
est la suivante : "Les travailleurs ont le droit d’occuper la terre qu’ils
cultivent, mais pas d’envahir la terre des autres".
Entre l’Eglise et l’Etat, l’heure est à la méfiance. Le gouvernement devient réticent, il refuse d’accorder des visas à des missionnaires catholiques, alors qu’il ne fait pas de difficultés aux pasteurs ou aux membres de
sectes qui se désintéressent de la question sociale. Dans le diocèse de
Guarabira, une paysanne chrétienne, Margarida Maria Alves, a été assassinée. Elle luttait pour que les travailleurs aient des permis de travail
(5 % seulement des travaillleurs ont ces permis) et un juste salaire (moins
de 10 % des travailleurs reçoivent un salaire minimum). Si les meurtriers
sont en prison, les véritables responsables ne sont pas inquiétés. Intimidée, la justice reste impuissante. Par ailleurs, les grands propriétaires
ont intenté 4 procès à l’aumônier de la pastorale rurale du diocèse.
L’Union démocratique rurale (UDR), un groupe d’intérêt rassemblant des
membres de différents partis qui s’opposent à une véritable réforme agraire, tente de discréditer les évêques. Ils ont ainsi publié que Mgr Carvalheira distribuait des armes pour préparer une révolution dans son diocèse
et ils ont fait une campagne auprès des petits propriétaires (qui possèdent
5 à 10 hectares de terre) pour les persuader que l’Eglise veut les déposséder. Mgr Carvalheira dit défendre la propriété privée, mais il veut "une
propriété pour tous".
L’espoir réside aux yeux de l’évêque dans les organisations du peuple et
dans les droits que la nouvelle Constitution - elle devrait entrer en vigueur cet été - reconnaît aux citoyens : le droit de référendum notamment.
La visite des séminaires
Le diocèse de Guarabira compte aujourd’hui 23 séminaristes. Losque Mgr
Carvalheira est arrivé dans le diocèes, il y a 12 ans, il n’y en avait aucun. Les séminaristes sont formés au Grand séminaire de Recife. Mgr Carvalheira demande à ses séminaristes d’avoir auparavant travaillé dans les communautés de base de son diocèse. "Je ne veux pas de vocation romantique",
a-t-il ajouté.
La Conférence épiscopale brésilienne (CNBB) et la Congrégation pour
l’éducation catholique préparent une visite de tous les séminaires du pays.
3 visiteurs, des évêques essentiellement, seront proposés par les évêques
du pays pour chacune des 15 régions épiscopales du Brésil. La Congrégation
choisira l’un d’entre eux pour visiter les séminaires d’une région. Refusant de parler de "soupçon" de la part de Rome, Mgr Carvalheira y voit
plutôt une mesure visant à connaître ce qui se passe dans les nombreux
séminaires d’un pays aussi grand et contrasté qu’un continent. (apic/ym)