Fribourg: un an après le putsch en Haïti (300992)
Fribourg, 30septembre(APIC) Un an jour pour jour après le coup d’Etat qui
a chassé le Père Jean-Bertrand Aristide, président démocratiquement élu
d’Haïti, le mouvement catholique Pax Christi Suisse romande n’entend pas
laisser la résignation s’installer. Il a organisé mercredi après-midi au
centre-ville de Fribourg une manifestation de solidarité avec le peuple
haïtien. Les 3’500 morts, les innombrables victimes de tortures et d’exactions et les dizaines de milliers de réfugiés ont droit au respect et à la
justice.
"Non à la répression et à la violence contre le peuple haïtien! Oui à la
liberté et à la démocratie!" Un an après le putsch, ces mots ne sont pas
des slogans creux pour les militants de Pax Christi de Suisse romande qui
ont mené mercredi après-midi devant le temple réformé de Fribourg un jeûne
de solidarité et une action de récolte de signatures. Les gens passent miintrigés, mi-méfiants, souvent pressés. Après une brève explication, la
plupart acceptent de signer ou repartent au moins avec le tract, explique
Charles Ridoré, un Haïtien résidant depuis longtemps en Suisse et
actuellement secrétaire romand de l’Action de Carême.
Les Fribourgeois, avant les Genevois vendredi, signent deux lettres. La
première destinée au général Raul Cedras, commandant en chef des forces
armées, un des hommes forts du régime. "Nous ne voulons pas nous adresser
au premier ministre en place et ainsi le légitimer", souligne Charles
Ridoré. Le message exige que l’armée cesse immédiatement la répression et
s’en tienne strictement au rôle que lui assigne la Constitution de 1987.
La seconde lettre sera adressée à la Conférence des évêques d’Haïti pour
demander aux pasteurs de prendre leurs responsabilités envers le peuple qui
leur est confié.
Le jeûne de son côté n’apparaît pas d’une utilité évidente. "Mais c’est
une forme de manifestation intéressante qui passe bien en pays de tradition
chrétienne", estiment les organisateurs. Se priver volontairement de quelque chose en signe de solidarité avec ceux qui sont privés de tout n’est
pas dénué de sens. La situtation du peuple haïtien s’est fortement dégradée
ces derniers mois, augmentation de 100% du coût de la vie, chômage, contrebande et marché noir. Charles Ridoré raconte: "Les gens se sont même mis à
couper les dernières forêts pour faire du charbon de bois et le vendre pour
survivre".
Un Américain de passage fait remarquer que c’est à son président, George
Bush, qu’il faudrait s’adresser. Sentiment largement partagé par les militants. Les Etats-Unis jouent un double jeu. Ils donnent la main aux militaires haïtiens, tout en se déclarant démocrates et en faveur du retour du
président Aristide. Pour une autre passante il faut dire son mot aux évêques et surtout au Vatican qui a reconnu ’de facto’ le gouvernement en place par l’envoi d’un nonce apostolique à Port-au-Prince.
En fin d’après-midi, il reste les paquets de quelques centaines de
signatures, mais surtout au coeur de beaucoup un véritable espoir: qu’il
n’y ait pas de deuxième anniversaire! (Maurice Page)
Encadré
Un évêque échappe à un attentat
Après un voyage au Etats-Unis et en Suisse du 14 au 18 septembre, Mgr Willy
Romélus, évêque de Jérémie, et partisan du président Arsitide a subi deux
arrestations et a échappé de justesse à un attentat vers une heure du matin
dans la nuit du 23 au 24 septembre, vient-on d’apprendre à Lausanne.
L’attentat a échoué au dernier moment, grâce à l’intervention d’un militaire de Port-au-Prince en congé . Le soldat s’est interposé entre l’évêque
et les assaillants qui avaient pénêtré dans le presbytère d’Irois pour se
saisir de l’évêque.
Malgré les menaces, Mgr Romélus s’était rendu dans cette localité du sud
de l’île pour y célébrer une ordination. Lors de ses conférences aux EtatsUnis et en Suisse, l’évêque haïtien n’avait pas manqué de dénoncer vivement
le régime en place dans son pays. (mp)