Fribourg : table-ronde entre trois confessions (140688)
Fribourg, 14juin(APIC/Bernadette Dubois) "Ou en est l’oecuménisme aujourd’hui ?", c’était le vaste sujet abordé par un catholique, le Père
Jean-Marie Tillard, vive-président de la Commission Foi et Constitution du
Conseil Oecuménique des Eglises (COE), un protestant, le pasteur Martin
Hauser, de Fribourg et enseignant à l’Université de Heidelberg, et un orthodoxe, l’archimandrite Jean Renneteau, vicaire épiscopal du diocèse orthodoxe de Suisse, lors d’une table-ronde, le lundi 13 juin à Fribourg.
Trois visions différentes et complémentaires de l’oecuménisme qui ont demontré qu’au-delà des bilans subjectifs, la marche vers l’unité est actuellement un "engagement irréversible" pour les Eglises.
Pour le Père Jean-Marie Tillard, le Conseil Oecuménique des Eglises
(COE) a fait, au cours de ses 40 ans d’existence, un travail considérable
en matière d’oecuménisme. Une conscience universelle d’Eglise s’est créée
peu à peu, "tous les baptisés se sentent dorénavant interpellés et concernés par ce qui met en cause ce que la foi enseigne du dessein de Dieu".
Le COE manifeste que la communion ecclésiale n’est pas seulement une communion entre confessions chrétiennes, mais que c’est aussi une communion
entre peuples, races et continents. "Les frontières craquent, c’est ce que
le COE a rendu possible". Les différentes confessions chrétiennes font
front commun contre les maux qui blessent l’humanité, pour les droits de la
personne. Le COE a également donné un nouveau souffle à la mission d’annoncer le Dieu vivant jusqu’aux confins de la terre. D’ailleurs, "nous sommes
au point aujourd’hui ou nous pouvons profiter des fruits du travail du Conseil oecuménique", a affirmé le Père Tillard.
Un engagement irréversible
"Grâce au COE, une étape irréversible a été franchie vers l’unité pleine
et totale entre les Eglises", a ajouté le Père Tillard, mais au niveau de
l’oecuménisme de la base, "on s’enracine actuellement dans une certaine impatience". La question du moment ou l’unité sera réellement présente préoccupe nombre de croyants. La critique des fidèles envers les institutions
est souvent de faire de très beaux textes qui n’aboutissent à rien...
Malgré cela, le bilan est tout de même positif. Le Père Tillard a fait remarquer le pas considérable qui a été franchi dans le domaine de l’oecuménisme depuis Pie XI par exemple, les dialogues bilatéraux ont été multiples. L’engagement de l’Eglise catholique dans la démarche oecuménique est
irréversible, comme le dit souvent Jean Paul II. Le fait que "l’Eglise
catholique entend s’associer à toutes les initiatives qui sont communes à
tous les chrétiens, même lorsqu’initialement, elles ne viennent pas d’elle", est un grand progrès dans l’oecuménisme pour le Père Tillard.
Pour une unité dans la diversité
Pour l’archimandrite Jean Renneteau, l’oecuménisme au niveau des Eglises
orthodoxes, 14 Eglises locales, est en régression. En effet, les dialogues
entamés sont dans l’impasse, les espérances déçues. Mais l’oecuménisme,
surtout au sein du COE, a apporté aux Eglises orthodoxes la connaissance
d’Eglises qu’elles n’auraient jamais connu en Orient. Cela a demandé des
efforts spirituels et intellectuels énormes aux Eglises orthodoxes. Depuis
une année, de nombreux dialogues plus ou moins difficiles ont été entrepris
avec d’autre confessions. Mais ce qui est le plus difficile dans le cheminement des Eglises orthodoxes sur le chemin de l’unité, c’est la pression
des forces anti-oecuméniques, comme les moines du Mont Athos, par exemple.
Au niveau des relations entre orthodoxes et vieux-catholiques, le dialogue est allé très loin, "nous sommes au seuil du rétablissement de cette
communion ecclésiale, mais il y a tout de même des problèmes qui restent à
régler, au niveau de l’accueil, par exemple", a affirmé le Père Renneteau.
Ce qu’on a trop voulu jusqu’à présent, c’est une unité qui abolirait les
différences. Le Père Renneteau voit l’unité dans une "affirmation de son
identité, tout en partageant une foi commune, dans le respect de la diversité des expressions des différentes Eglises". En conclusion, le Père Renneteau a proposé pour l’avenir de l’oecuménisme, "un dialogue de la vérité
et non plus de la charité. C’est là que l’on verra si la charité est vraie
entre les chrétiens, car c’est sur les questions difficiles qu’il faut dialoger actuellement".
Le rappel de la tradition réformée
Pour le pasteur Martin Hauser, l’optimisme est de mise. Pour lui, le document de Lima sur le Baptême, l’Eucharistie et les Ministères (BEM) représente un rapprochement des Eglises. Seule la question des ministère semble
poser des problèmes au niveau oecuménique. C’est pourquoi le pasteur Hauser
a voulu rappeler ce qu’affirmait un des textes de la tradition réformée. Il
a en effet longuement cité "La Confession helvétique postérieure" de 1566
qui parle des ministères. Reprenant les textes bibliques, "la Confession
helvétique" voit dans le ministère quelque chose voulu par Dieu, car Dieu
n’a pas voulu se passer des hommes, il a préféré en avoir besoin. Le texte
de 1566 traite largement la question du ministère et c’est un texte peu
connu par les Réformés. Qui en effet pourrait penser que c’est un texte
réformé qui dit que "Dieu a usé, use et usera de ministres et qu’il aura
toujours besoin de ministres" alors que de nombreux courants dans le protestantisme tendent à ne pas mettre les ministères en avant pour essentiellement parler de l’Esprit. Enfin, le pasteur Hauser a demandé, au nom de la
tradition réformée, qu’un rapprochement soit possible entre chrétiens, surtout en vue de l’hospitalité eucharistique. (apic/bd)