Palmarès du jury : "La citadelle" et "Piravi"
Fribourg, 31janvier(APIC) Le jury du 5e Festival de films du tiers-monde
de Fribourg a décerné mercredi à l’unanimité le Grand Prix de la Ville de
Fribourg au film indien "Piravi" (La Naissance), du réalisateur Shaji Karun
et le Prix Trigon au film algérien El-Kalaa (La Citadelle), du réalisateur
Mohammed Chouikh. Pour sa cinquième édition, le Festival de Fribourg a rencontré un grand succès non seulement par le nombre des spectateurs (6’400
entrées contre 5’000 en 1988), mais surtout par l’excellente qualité cinématographique des 49 films présentés, en provenance de 21 pays du Sud.
Parmi les films que le public fribourgeois, mais également extérieur, a
pu découvrir, il y a eu 23 premières suisses et même une première mondiale.
10 réalisateurs du tiers-monde ont pu présenter eux-mêmes leur réalisation
au public. Parmi la sélection des films - dont le choix a été salué par la
présidente du jury, la réalisatrice guadeloupéenne Sarah Maldoror - il y
avait des films primés à Venise (Lion d’Or), Berlin (Ours d’Or), Carthage
(Tanit d’Or, Tanit d’Argent), Locarno (Léopard d’Or, d’Argent, de bronze),
Ouagadougou, Montréal, Nantes, etc.
C’est "pour son humanité, pour le respect de la femme, le courage de
briser les tabous et pour sa grande tendresse" que "La Citadelle" a été
primée. Le réalisateur de ce film recevra les 3’000 francs de la Fondation
Trigon-Film. Quant au Grand Prix de la Ville de Fribourg, doté de 10’000
francs, il est allé à "La Naissance" pour le jeu des acteurs, le rythme entre l’homme et l’objet, la beauté des images, la qualité de la mise en scène et de la bande sonore. Il sera remis au distributeur qui achètera les
droits pour la distribution commerciale du film : il s’agit en effet de
permettre au public d’accéder à une production cinématographique en provenance des pays du Sud de grande qualité, mais peu distribuée pour des raisons commerciales. Une lettre a été envoyée à tous les distributeurs pour
les encourager, avec ce chèque, à acheter les droits de ce film. Au cas où
il ne trouve pas de preneur, le prix ira au réalisateur.
A l’égal d’un Fellini
Le critique Urs Jaggi, membre de la Commission fédérale du cinéma et du
jury du Festival, a souligné qu’il était "absolument nécessaire de montrer
ces films du tiers-monde ici en Suisse, car ces prochaines années, le développement du cinéma se fera plutôt dans les pays du Sud qu’aux Etats-Unis".
A son avis, il existe dans ces pays des réalisateurs dont le nom entrera
dans l’histoire du cinéma à l’égal d’un Fellini, et on s’achemine dans certains cas vers un cinéma d’art et d’essai.
Un changement de structure indispensable : fini le bénévolat
Principal organisateur du Festival, Yvan Stern a fait remarquer que lors
de l’édition précédente, il n’y avait qu’une vingtaine de films et l’on arrive cette fois-ci à la cinquantaine : un changement de structures s’impose
si l’on veut que le Festival de Fribourg poursuive sur sa lancée. Si l’on
ne veut pas réduire l’ampleur de l’événement, il faut alors passer à un
stade supérieur et "professionnaliser" l’organisation.
Saluant la qualité du travail fourni par les organisateurs, Sarah Maldoror n’a pu s’empêcher de déplorer la faiblesse des moyens dont il dispose :
"C’est un Festival sympathique, mais on ne peut accepter qu’un pays aussi
riche que la Suisse se contente, en invitant les gens du tiers-monde, de
les héberger dans des hôtels minables, pleins de puces, racistes... le bénévolat, c’est bien beau cinq minutes...". Les organisateurs espèrent que
le message sera entendu cinq sur cinq et que les pouvoirs publics, notamment la Commission fédérale du cinéma, subventionnent cet important événement culturel soutenu jusqu’à présent presque uniquement par les oeuvres
d’entraide. L’Etat de Fribourg a tout de même versé une subvention de 5’000
francs, la Ville de Fribourg 8’000 francs (sans compter la dotation du Prix
de la Ville). Du côté de Berne, le service d’information de la Coopération
technique (DDA) offre un petit soutien, mais l’ensemble des subventions publiques sont effectivement bien faibles aux yeux des organisateurs. (apicbe)