Fribourg: Soirée de l’ACAT au Centre Ste-Ursule (130392)
Fribourg, 13 mars(APIC) Le dialogue chrétiens-musulmans est non seulement
possible, mais inévitable. Et pas seulement un dialogue académique entre
imams et théologiens, mais un dialogue enraciné dans la vie de tous les
jours. Qu’on le veuille ou non, en effet, les musulmans sont déjà nos voisins de palier. Alors autant se comprendre, même si ce n’est pas toujours
facile! Ce message, c’est le pasteur genevois Jean-Claude Basset qui l’a
lancé jeudi soir au Centre Ste-Ursule à l’adresse de la quarantaine de personnes qui avaient répondu à l’invitation de l’ACAT-Fribourg, l’Action des
chrétiens pour l’abolition de la torture.
Avec le développement des médias, des voyages et du tourisme, des migrations, avec l’arrivée des requérants d’asile, nous ne pouvons ignorer
l’existence, dans le monde, de près d’un milliard d’adeptes de l’islam. Et,
ne l’oublions pas, il y a en Suisse quelque 130’000 musulmans, qui sont entrés en ramadan en même temps que nous sommes entrés en carême! Alors, la
cohabitation doit bien se faire, à l’école, sur le lieu de travail, dans la
vie associative, à l’hôpital, et jusque dans la famille en raison des mariages mixtes.
Le pasteur Basset est bien placé pour parler des obstacles et des conditions d’un tel dialogue, lui qui a vécu plusieurs années, comme pasteur
protestant en pays d’islam, à Téhéran et à Djibouti. Aujourd’hui, comme
membre du Comité islam en Europe, un comité mixte des différentes Eglises
chrétiennes s’occupant des questions de l’islam, il poursuit la réflexion
sur les conditions de ce dialogue, "dans lequel se joue la crédibilité de
notre foi et la viabilité de nos sociétés pluriculturelles".
D’où la nécessité de chercher à se comprendre parce, pour les chrétiens
et les musulmans, malgré un certain héritage commun, les mots n’ont pas
toujours la même signification : le jeûne dans l’islam, par ex. c’est la
priorité donnée à Dieu, la soumission à Dieu, sans aucun sentiment de culpabilité ou de péché à se faire pardonner. "Et un jeûne combien exigeant :
quand le soleil brille sur Djibouti, ce n’est pas rien de ne pas boire,
c’est un engagement de toute la personne!" Et quand on utilise un nom propre, Abraham, "le Père des croyants", - la formule est dans la Bible et
dans le Coran - est-ce que l’on parle tout à fait du même Abraham ?
Il ne faut pas oublier non plus que le contentieux historique est lourd:
il reste du passé une image de rapports de force, de prises de villes,
d’invasions, de croisades... S’il a existé des moments d’échanges fructueux
entre notre monde et l’islam - où d’ailleurs l’Occident a très largement
bénéficié de l’apport du monde musulman - ce qui domine, c’est l’idée de
fossé. Ainsi, la Méditerranée est plus ressentie comme une séparation que
comme un lieu de passage.
Le poids du passé
Cette année 1992 ne rappelle pas seulement les 500 ans de l’ouverture
vers l’Atlantique, avec la "découverte" des Amériques en 1492, "mais également une immense fermeture": c’est exactement la même année que la ville de
Grenade va être prise et que les musulmans et les juifs vont être expulsés
d’Espagne après des siècles de coexistence. Au Moyen-Orient, dit le pasteur
Basset, il est frappant de voir que les croisades, "c’est quelque chose qui
semble avoir eu lieu avant-hier... et ce sentiment a été réactivé avec le
problème palestinien; dans les jeunes générations, on en parle comme quelque chose d’éminement récent qui peut à tout moment se reproduire!"
En conclusion se son exposé, le pasteur Basset a souligné qu’il n’y a
pas dans l’islam davantage d’obstacles que dans le christianisme qui s’opposeraient en soi au dialogue: ce qui est requis, c’est un profond changement de mentalité, "et cela, des deux côtés!" (APIC/Jacques Berset)