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    Comprendre les origines de la logique de guerre

    Fribourg: séminaire de l’ACAT sur l’ex-Yougoslavie (160593)

    Fribourg, 16mai(APIC) "Le plan de paix Vance-Owen pour la Bosnie est très

    mauvais. Mais c’est la seule solution pour tenter de sauver ce qui peu encore l’être." Cette opinion exprimée par le professeur français Paul Garde,

    illustre bien l’impuissance des pays occidentaux dans la crise yougoslave.

    Pour tenter de comprendre les origines et les enjeux du conflit qui ensanglante les Balkans depuis plus d’un an, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-Fribourg) a tenu samedi à l’Université de Fribourg un séminaire sur l’ex-Yougoslavie. Une bonne centaine de participants

    ont suivi les exposés et les discussions.

    Pour Paul Garde, professseur de langues slaves à l’Université d’Aix-enProvence, qui vient de consacrer un livre à la question, la Yougoslavie si

    elle a existé comme un Etat entre 1918 et 1991, ne fut jamais une nation,

    mais plutôt, selon le mot d’un écrivain serbe, "une utopie obligatoire".

    Dès la division de l’empire romain en 395, le territoire de la Yougoslavie

    est à la frontière de l’Orient et de l’Occident. On y rencontre deux traditions culturelles qui s’exprimeront au Moyen-Age dans deux confessions et

    deux alphabets notamment. A la fin du Moyen-Age, l’extension de l’empire

    ottoman va apporter une troisième composante: l’islam. Les musulmans Bosniaques, rappelle le professeur Garde, ne sont pas des immigrés, mais des

    slaves convertis volontaires. Partagées entre l’empire turc et l’empire

    austro-hongrois, les diverses régions du pays connaissent une évolution

    différente, avec notamment de nombreux déplacements de population. En 1918,

    la chute des empires permet la création d’un Etat yougoslave sous forme

    d’une monarchie dominée par les Serbes entre 1918 et 1941, puis d’un régime

    communiste entre 1945 et 1991. Les années de la deuxième guerre mondiale

    sont les témoins de terribles massacres qui restent profondément ancrés

    dans toutes les mémoires.

    Dès avant la chute du communisme, l’union des peuples yougoslaves apparait comme une notion très fragile. A partir du milieu des années 1980,

    souligne Paul Garde, Slobodan Milosevic mène une violente campagne nationaliste basée sur le principe que tous les Serbes doivent être réunis dans un

    seul Etat. La logique d’une guerre de conquête est alors déjà en route. Elle va se déclencher avec la proclamation d’indépendance de la Slovénie et

    de la Croatie en été 1991. Et Paul Garde d’exprimer la honte de l’Occident

    qui n’a pas été capable de réagir.

    Examinant le rôle des religions en ex-Yougoslavie, le pasteur Martin

    Hauser, professeur à l’Université de Fribourg, a rappelé que les Eglises ne

    sauraient s’identifier avec des buts nationalistes qui ne sont pas chrétiens. Aujourd’hui le danger est grand pour elles de tomber dans des dérives malsaines. C’est pourquoi elles ont besoin de l’appui des autres Eglises et confessions pour poursuivre le dialogue et oeuvrer ensemble pour la

    paix.

    Petit pays, la Suisse qui n’est membre ni de l’ONU, ni de l’OTAN, ni de

    la CEE, a cependant entrepris de nombreuses actions en ex-Yougoslavie.

    C’est ce qu’a expliqué Beat Nobs, collaborateur du département fédéral de

    Affaires étrangères (DFAE). Sur le plan politique, l’action la plus importante a été conduite dans le cadre de la Conférence pour la sécurité et la

    coopération en Europe (CSCE) notamment par la participation à plusieurs

    missions d’experts militaires ou politiques. La Suisse appuie également les

    décisions et les actions de l’ONU notamment le plan de paix Vance-Owen,

    seule solution possible, même si elle est loin d’être totalement satisfaisante. Elle a également envoyé des spécialistes des douanes dans les pays

    voisins de l’ex-Yougoslavie. Enfin la diplomatie suisse participe directement à la Conférence internationale de Genève sur l’ex-Yougoslavie.

    Sur le plan humanitaire, l’action suisse passe par le soutien au HCR, au

    CICR, à Caritas et à l’EPER notamment pour un montant total de 75 millions

    de francs, ainsi que par l’accueil en Suisse de quelque 70’000 réfugiés en

    plus des 300’000 personnes bénéficiant d’un permis de séjour ou d’établissement.

    Jelena Brajsa, collaboratrice de Caritas Zagreb, a décrit la situation

    des femmes en détresse victimes de mauvais traitements, de viols ou de torture et les moyens mis en oeuvre pour leur venir en aide. Caritas Zagreb a

    ouvert quatre maisons d’accueil dans lesquelles sont hébergés actuellement

    28 femmes et 48 bébés, et qui soutiennent également de nombreuses femmes

    qui ne sont pas accueillies sur place. Brenda Fitzpatrick, membre de la délégation du Conseil Oecuménique des Eglises (COE) qui a visité le pays en

    décembre 1992, a souligné que la délégation avait conclu à l’utilisation

    généralisée et systématique du viol comme arme de guerre par toutes les

    forces en présence. Quant à la conseillère nationale Gret Haller (Soc/BE),

    membre de la délégation suisse au Conseil de l’Europe, elle a présenté les

    instruments à disposition de cet organisme pour lutter contre la torture et

    la violence. (apic/mp)

    Encadré

    Fribourg: Une exposition et des concerts pour soutenir

    les enfants victimes de la guerre en ex-Yougoslavie

    Le Comité de soutien aux enfants de la guerre en ex-Yougoslavie avec l’appui du quotidien "La Liberté" et de la Croix-Rouge fribourgeoise organise à

    Fribourg deux manifestations: une exposition à l’Espace du Pertuis à la

    Grand-Fontaine pour laquelle une quarantaine d’artistes ont offert une

    oeuvre et deux concerts les 28 et 29 mai au Café des Grand-Places en collaboration avec la Spirale et la participation d’une dizaine de musiciens et

    de chanteurs. Les fonds récoltés seront destinés à financer un projet de la

    Croix-Rouge de Zagreb pour l’accueil d’enfants en détresse . (apic/com/mp)

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