Fribourg: Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (200193)
"L’Eglise n’est pas un Mac Donald"
Fribourg, 20janvier(APIC) "L’Eglise ne peut pas se concevoir sur le modèle des restaurants Mc Donald, partout les mêmes salles, les mêmes décors,
les mêmes costumes, les mêmes menus, et la même indigestion..." C’est par
cette image ironique que le Père Jean Marie Tillard, professeur à l’Université d’Ottawa (Canada) a resumé la question de l’oecuménisme mardi soir à
l’Université de Fribourg. Au-delà de l’humour, le dominicain a permis à la
nombreuse assitance de mieux saisir le délicat équilibre entre l’unité et
la diversité qui ne doivent jamais dériver vers l’uniformité ou la division.
Constatant que l’oecuménisme aujourd’hui est malade, Jean-Marie Tillard
remonte aux origines du christianisme pour rappeler qu’il n’est pas né dans
une uniformité béate. "L’oecuménisme appartient à l’acte de naissance de
l’Eglise de Dieu", dit-il. Dans les évangiles comme dans les Actes des
apôtres ou les lettres apostoliques, les tensions sont évidentes entre les
chrétiens issus du judaïsme et les chétiens issus du paganisme. Ceci pour
la question de la circoncision, comme pour celle de la personne du Christ.
A cet égard, la tradition liée à saint Jean ne mentionne ni le mot apôtre,
ni le mot Eglise, signale le dominicain. Les conflits sont alors réglés en
accordant à chaque Eglise locale la possibilité de conserver ses traditions
si elle ne renie pas l’unité. C’est dire que la diversité relève de la
nature même de l’Eglise. Cela à un point tel que certains estiment
aujourd’hui que seule une constellation d’Eglises est possible.
Un autre pan de la tradition exprime au contraire une forte conscience
de l’unité et découvre que, laissée à elle-même, la diversité peut mettre
en péril l’oeuvre du Christ. Pour les premiers pères de l’Eglise, Jésus
Christ est envoyé pour arracher l’humanité à son drame fondamental de la
division. L’apôtre Paul aux Ephésiens utilise le terme de "mur". "’Aimezvous les uns les autres’ n’est pas de la boullie pour chat", s’indigne le
Père Tillard.
Un chemin de crête difficile et dangereux
Dans la situation contemporaine des Eglises, on retrouve le même dilemme
Il faut éviter deux éceuils: l’impérialisme religieux (intégrisme) qui dit
que toute la vérité ne vient que d’une seule source, et le "démocratisme"
religieux qui estime suspect tout ce qui ne vient pas de la base, ne correspond pas aux aspirations populaires ou vient du centre. L’équilibre se
situe sur un chemin de crête difficile et dangereux. Dans la question de la
primauté de Rome, la tendance est de glisser du rôle de veilleur ou de sentinelle de l’unité de la foi à celui de source et d’origine de tout pouvoir. Les orthodoxes, tout comme les anglicans et les luthériens, admettent
dans une large mesure la première conception mais sont tellement effrayés
par le démon du centralisme que tous les efforts vers l’unité accomplis dès
après le Schisme d’Orient en 1054 ont échoué. A ce propos, le Père Tillard
souligne que le Vatican fait tout ce qu’il peut "pour que les uniates se
convertissent à l’accueil des orthodoxes" en Ukraine, en Russie ou ailleurs.
L’ordination des femmes chez les anglicans
A propos de l’ordination des femmes dans l’Eglise anglicane, le Père
Tillard souligne le grave problème que cela pose à l’oecuménisme. En 1985
en effet, après les travaux de la Commission de dialogue entre catholiques
et anglicans (ARCIC I), les catholiques auraient été prêts à reconnaître
les évêques anglicans. Ce que le pape Léon XIII avait clairement refusé
quelque 100 ans auparavant. Ce rapport prévoyait aussi que toutes les décisions futures à ce propos devraient être prises collégialement. La rupture
survient à la Conférence de Lambeth de 1988, lorsque les anglicans décident
unilatéralement d’accepter l’ordination d’une femme comme évêque dans
l’Eglise épiscopalienne des Etats-unis, tout en sachant clairement à quoi
cela les engagerait.
Le père Tillard juge assez sévèrement cette irruption d’un nouveau principe dans la Communion anglicane qui a fait primer le désir d’une province
sur le bien commun. Les catholiques comme les orthodoxes ont refusé d’être
impliqués dans cette décision. Le dominicain souligne que le pape n’a pas
condamné ce choix, mais a remarque qu’il s’agissait d’une rupture de la
tradition dans un domaine où "nous n’avons pas seuls le droit de décider".
"Si l’Eglise épouse trop sa propre époque, elle risque de se retrouver veuve à la prochaine génération, conclut Jean-Marie Tillard. (apic/mp)