"Il faut purifier nos mémoires confessionnelles"
Fribourg, 4mai(APIC/Bernadette Dubois) Ce qui divise les anglicans et les
catholiques au niveau de la foi est minime, mais de nombreuses réalités impondérables font que l’unité n’est pas encore réalité entre les deux confessions chrétiennes. C’est ainsi que le professeur Jean-Marie Roger Tillard, OP, professeur de théologie à Ottawa et vice-président de la Commission Foi et Consitution du Conseil Oecuménique des Eglises (COE), a analysé
la situation actuelle entre Rome et Canterbury. Les relations entre ces
dernières étaient d’ailleurs le thème de la rencontre oecuménique qui a eu
lieu le 3 mai à l’Université de Fribourg dans le cadre de la Journée de
l’Europe consacrée à la Grande-Bretagne.
Le Père Tillard a fait remarquer qu’actuellement "le temps n’est plus au
grand roucoulement d’un optimisme total" en matière d’oecuménisme entre
Rome et Canterbury, mais au réalisme. Au niveau de la foi, peu de choses
divise les deux confessions. En effet, l’anglicanisme a toujours refusé de
renoncer à la structure catholique. D’ailleurs, comme l’a fait remarquer le
Père Tillard, des "dynamismes" surgissent périodiquement dans
l’anglicanisme pour proclamer : "Nous appartenons à la grande tradition
catholique".
L’Eglise anglicane n’a pas voulu se couper de sa catholicité, mais
seulement se couper de Rome, a rappelé le conférencier. La question de la
primauté romaine demeure d’ailleurs toujours la plus "coriace" entre
théologiens des deux confessions. A cause de cela, les catholiques, sauf
les gallicans bien sûr, ont toujours mal jugés les anglicans en les
englobant dans le mouvement de la Réforme. "Le siège romain a toujours été
hésitant vis-à-vis des anglicans face à leur appartenance à la
catholicité", a souligné le Père Tillard. Pourtant, dans son décret sur
l’oecuménisme, le dernier Concile a bien mis l’accent sur la place à part
de l’anglicanisme.
"Ce ’peu’ qui nous sépare est devenu un fossé immense, il a pris des dimensions inattendues, les facteurs non-théologiques divisent surtout Rome
et Canterbury", a déclaré le Père Tillard. Il en a cité deux : tout
d’abord, l’honneur blessé, les catholiques anglais ont beaucoup souffert de
leur statut de "citoyen de seconde zone" que les anglicans leur ont imposé.
C’est pourquoi, "il faut purifier nos mémoires confessionnelles", a
fortement souligné le Père Tillard.
Le second facteur non-théolgique est l’"éthos", le climat dans lequel
baigne l’identité de l’individu et du groupe. Il n’est en effet pas le même
pour les anglicans et pour les catholiques, ce qui ne facilite pas l’unité.
C’est pourquoi, a conclu le Père Tillard en paraphrasant Paul VI : "La pensée théologique est plus ouverte au dialogue que l’éthos". (apic/bd)