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    Clôture de la semaine interdisciplinaire de la Faculté de théologie

    Fribourg: Que reste-t-il de l’identité catholique de l’Université? (160194)

    Fribourg, 16janvier(APIC) Reste-t-il quelque chose de l’identité catholique de l’Uni de Fribourg, fondée au siècle dernier pour former une élite

    catholique dans une Suisse où les "ultramontains" n’avaient guère voix au

    chapitre? Quelle place pour une Faculté de théologie dans cette Université

    d’Etat? Au sein de l’Alma mater friburgensis, les avis sont partagés. Pour

    certains, l’Université manque de profil et de vision, pour d’autres, la société étant devenue pluraliste, sa mission a changé.

    A l’occasion d’une table ronde organisée vendredi soir à l’ancien Hôpital des Bourgeois pour clôturer la semaine interdisciplinaire de la section

    francophone de la Faculté de théologie, des professeurs de chacune des Facultés ont donné des réponses parfois divergentes. Ils débattaient de la

    signification de la présence d’une Faculté de théologie catholique à Fribourg - dont la renommée internationale n’est plus à faire -, de la liberté

    de l’enseignement et de la recherche et de la coopération entre la Faculté

    de théologie et les autres branches.

    Pour un Français, le fait de trouver une Faculté de théologie intégrée

    au sein d’une Université d’Etat semble une chose "unique et étrange", laïcité oblige, a remarqué le Père Jean-Dominique Barthélemy, professeur émérite d’exégèse de l’Ancien Testament. Strasbourg fait exception en raison

    du maintien dans l’Alsace-Lorraine du système concordataire de l’époque allemande. Une telle réalité est par contre tout à fait normale dans un milieu de langue allemande, où l’on rencontre généralement le droit concordataire. Ainsi, la plupart des Universités d’Allemagne ont une ou des Facultés de théologie des deux confessions différentes. Le système suisse est

    dans une certaine mesure analogue au système allemand.

    Pas davantage de liberté

    La Faculté de théologie de Fribourg serait-elle plus libre parce que Faculté d’Etat? Le Père Dirk van Damme, professeur de patrologie et d’histoire ancienne de l’Eglise, estime qu’en fait elle ne peut pas se permettre

    tellement plus de liberté qu’une quelconque Institution catholique d’enseignement théologique. Pour la nomination d’un professeur de théologie,

    Eglise et Etat doivent se mettre d’accord.

    "Nous sommes tout autant attachés à la doctrine catholique romaine que

    d’autres institutions de l’Eglise". Même s’il faut faire face aux réticences de certaines instances de l’Eglise opposées à l’existence d’une Faculté

    de théologie dans une Université d’Etat. Une méfiance qui remonterait à

    l’époque de Marie-Thérèse d’Autriche, qui avait l’intention de "domestiquer" la théologie dans le sens de l’idée de l’Etat.

    Le Français Jean-Jacques Friboulet, professeur d’histoire des doctrines

    économiques, même s’il a dû, fraîchement arrivé à Fribourg, commencer un

    cours sur Karl Marx en face d’un grand crucifix, estime qu’il n’a jamais

    été gêné ni limité dans son enseignement et sa recherche par le projet pédagogique et scientifique de l’Université et son caractère catholique.

    Après une expérience dans des universités françaises très laïques, il

    estime que l’existence d’une Faculté de théologie permet paradoxalement de

    "désacraliser" les autres enseignements et de trouver ainsi une liberté

    supplémentaire: "C’est en quelque sorte une limite salutaire, car cela permet de ne pas parler de religions dans les autres branches, car en France,

    l’absence d’une telle Faculté a pour conséquence que l’on fait de la religion dans les autres disciplines, souvent de la fausse religion!"

    Günter Rager, professeur d’anatomie et d’embryologie venu d’Allemagne il

    y a 13 ans, avait à l’époque l’impression de se trouver encore dans une

    Université catholique. Mais aujourd’hui, lance-t-il de façon un peu sèche,

    "on n’a plus le sentiment qu’il s’agisse d’une Université catholique". Et

    de poser la question de l’existence même de la Faculté de théologie, qui

    lui semble trop absente des débats sur les grandes questions actuelles et

    combien difficiles concernant par exemple le début de la vie humaine,

    l’euthanasie, les manipulations génétiques, etc. Et de souhaiter dans ce

    domaine une plus grande interaction entre les Facultés, car par exemple une

    science médicale qui privilégie de plus en plus l’aspect technique aurait

    absolument besoin de dialoguer avec la théologie et la philosophie.

    Si, durant plus de trente ans, le Père Barthélemy a pu énormément profiter de la présence d’autres Facultés pour mener des dialogues réguliers

    dans les domaines idéologiques, politiques ou religieux, il admet qu’aujourd’hui, "pratiquement les professeurs ne se connaissent pas". D’où la

    nécessité de multiplier les séminaires interdisciplinaires, et de structurer et d’institutionnaliser ce dialogue comme le demande le professeur Rager. La table ronde a d’ailleurs permis aux nombreux étudiants présents de

    se rendre compte combien l’interdisciplinarité doit encore être développée.

    A l’heure des questions, le recteur Hans Meier a laissé entrevoir un

    certain agacement de l’Université face aux interventions romaines, d’ailleurs prévues dans la constitution apostolique "Sapientia cristiana", par

    exemple en matière d’attribution de doctorats honoris causa. Il a également

    déploré la tendance de l’Eglise à considérer la Faculté de théologie comme

    étant purement et simplement à son service. "A mon avis, c’est une erreur,

    car une Faculté de théologie dans une Université d’Etat n’est pas un séminaire; elle doit être d’abord au service de la communauté universitaire,

    qui est une communauté pluraliste, pas seulement catholique". (apic/be)

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