Fribourg: Ouverture du Symposium de la région Europe de l’UCIP (260991)
l’Ouest saluent la "deuxième naissance de l’Europe"
Fribourg, 26septembre(APIC) L’Europe, après la chute du Mur de Berlin et
l’effondrement du communisme, est en train de vivre un moment historique,
"moment de sa deuxième naissance, mais ce n’est pas uniquement une fête de
joie, la vraie naissance comportant les douleurs de l’enfantement", a déclaré jeudi le Père Laszlo Lukacs, en ouverture du premier Symposium de la
région Europe de l’UCIP, l’Union catholique internationale de la presse,
qui se tient du 25 au 29 septembre à l’Université de Fribourg.
Quelque 180 journalistes, éditeurs, enseignants et chercheurs catholiques européens, venus pour moitié d’Europe centrale et orientale, participent en effet durant ce Symposium à une vaste réflexion sur le devenir de
l’Europe. Une Europe marquée par les événements qui ensanglantent la Yougoslavie et l’instabilité de l’Union soviétique, deux réalités qui, selon
le Père Lukacs, président de la région Europe de l’UCIP, "signalent d’une
façon dramatique que la liberté est loin d’être acquise partout". Et celui
que l’on qualifie d’"homme-orchestre" des médias catholiques de Hongrie de
souhaiter qu’une "culture de l’amour" complète la culture de liberté qui se
fraye actuellement un chemin en Europe.
Le P. Lukacs a alors lancé un appel aux journalistes catholiques et aux
experts en communication pour qu’ils coopèrent dans la solidarité pour former cette nouvelle communauté de peuples et de nations, en soulignant que
le mot Europe n’est pas seulement un terme géographique, mais signifie également un grand nombre de vertus humaines et de valeurs éthiques "dérivant
sans exception du christianisme". "Une réelle renaissance de l’Europe ne
peut aboutir sans une conversion chrétienne", a-t-il encore lancé.
Non à une information asservie à la seule logique du marché
Saluant les participants, Jean-Marie Brunot, directeur-délégué de Bayard
Presse à Paris et président de l’UCIP, a rappelé les responsabilités particulières des chrétiens engagés dans le monde des médias. "C’est-à-dire,
a-t-il précisé, dans le domaine-clé pour la formation des opinions publiques et l’évolution des comportements", un domaine porteur de tous les
espoirs "si l’information et au service de la vérité et la communication au
service du dialogue", porteur de tous les dangers "si les médias ne sont
que les vecteurs d’exhortations stériles, de manipulations intéressées ou
d’une communication asservie à la seule logique du marché".
Cette logique du "nouvel ordre mondial" qui semble prendre forme n’est
pas vide d’idéologie, a relevé dans sa contribution écrite l’ambassadrice
Maria de Lourdes Pintasilgo, ancien premier ministre du Portugal, absente
pour raison de santé. "Une nouvelle idéologie mondiale a vu le jour:
l’idéologie du marché", a lancé cette militante catholique très sensible
aux problèmes de justice sociale et de paix dans le monde.
Certes, reconnaît-elle, l’effondrement de l’économie planifiée centralement nous a laissés avec un seul instrument, l’économie de marché. Mais,
"le marché libre n’est pas vraiment libre, car la majorité des pays entrent
dans le commerce international dans des conditions intenables, mises en application par les pays riches qui n’hésitent pas à avoir une économie dirigée du fait des mesures protectionnistes". Et de déplorer que le crédit international fonctionne de telle façon que beaucoup de pays devraient payer
pour le service de leur dette plus que leur produit national brut (PNB), et
que depuis plusieurs années, le flux des capitaux ne se fait pas dans la
direction Nord-Sud, mais Sud-Nord. Ainsi, au cours des huit dernières années, le flux de capitaux de l’Amérique latine vers l’hémisphère Nord a été
de 300 milliards de dollars.
Nous sommes en face d’un "désordre international organisé"
Nous sommes en face d’un "désordre international organisé"; le déséquilibre entre régions augmente; le continent africain va à la dérive, a-t-elle affirmé, tandis que le Sud de l’Asie et l’Amérique latine ne pèsent plus
rien sur la scène mondiale. "Ce qui domine, c’est la marginalisation de la
plupart de l’humanité; l’idéologie qui sous-tend cet état de chose est axée
sur l’acceptation de l’exclusion comme un principe social et politique légitime". De l’avis de cette ancienne présidente de Pax Romana, un concept
purement économique dans son objectif et dans ses moyens a remplacé les
idées englobantes de "transformation sociale" ou de "projet de société".
Pour Maria de Lourdes Pintasilgo, le marché n’est pas "myope", comme
l’estime Jacques Delors, mais il est "plutôt aveugle", car il ne voit pas
la pauvreté et la marginalisation, ni l’environnement, ni les réalités spirituelles. Ce qui est nécessaire, souligne-t-elle avec force, c’est que
l’Europe, puisant dans une vision authentiquement solidaire de l’humanité,
rende plus humaine l’économie de marché dans le sens de la justice et la
solidarité et invente une "nouvelle citoyenneté" permettant d’approfondir
la démocratie. Cette nouvelle culture politique se fonde sur l’interdépendance de la planète et du genre humain et la conscience des "limites" de la
société industrielle. Concluant son exposé, l’ancienne premier ministre du
Portugal a estimé que les années et les mois prochains seront décisifs :
"C’est un ’kairos’ pour l’Europe, estime-t-elle, un temps inattendu, où la
re-création est possible!" (apic/be)