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    Fribourg: Ouverture du Colloque international "Rerum Novarum" (240491)

    Cent ans d’enseignement social chrétien

    Artisans d’une société plus juste et plus humaine

    Fribourg, 24 avril (APIC) Près de 300 personnes - étudiants, professeurs,

    syndicalistes de l’Est et de l’Ouest, représentants de l’économie et de

    l’Eglise - ont participé mercredi à l’Université de Fribourg à l’ouverture

    du Colloque international "Cent ans d’enseignement social chrétien", qui

    s’achèvera par une cérémonie à laquelle participeront le président de la

    Confédération Flavio Cotti et le cardinal Roger Etchegaray, président du

    Conseil pontifical "Justice et Paix". Ce Colloque devrait contribuer au renouveau de l’enseignement social chrétien en vue d’une société plus juste

    et plus humaine.

    Avec la mise sur pied de ce Colloque international à l’occasion du centenaire de l’encyclique du pape Léon XIII "Rerum Novarum" , a souligné le

    recteur Hans Meier, l’Université de Fribourg veut apporter une nouvelle

    contribution à la recherche et à l’enseignement interdisciplinaire dans le

    domaine de la politique sociale en vue d’un ordre social plus juste et plus

    humain. Cheville ouvrière de cette commémoration, le professeur Nicolas Michel a souligné l’attachement qu’a toujours eu l’Université de Fribourg à

    l’enseignement social chrétien, - notamment à l’époque des "Semaines sociales" - même si le mouvement n’a pas toujours eu la même intensité. A notre

    époque, a-t-il souligné, "nous découvrons les prémisses d’un renouveau".

    Même si ce Colloque privilégie plutôt les problèmes d’actualité - relations Nord-Sud, reconstruction post-communiste en Europe, la femme dans la

    société et les nouvelles pauvretés - au détriment des questions historiques, l’historien Francis Python a tout de même rappelé le rôle non négligeable joué par Fribourg dans l’élaboration de l’encyclique "Rerum Novarum". Il a mis en garde contre une surévaluation ou une mythification de ce

    rôle. Connu sous le nom d’"Union de Fribourg", un groupe d’intellectuels

    catholiques européens rassemblés de 1884 à 1891 autour de l’évêque du diocèse, Mgr Mermillod (le futur cardinal), transmirent un certain nombre de

    documents à Rome concernant notamment la situation des travailleurs, le

    problème du crédit et de l’usure, les conditions d’intervention de l’Etat,

    les corporations, etc. Ces postulats, même s’ils n’ont pas tous été retenus

    - par exemple en ce qui concerne les corporations - se sont en partie retrouvés dans "Rerum Novarum".

    Emergence de sociétés post-communistes en Europe de l’Est:

    la doctrine sociale de l’Eglise a un rôle important à jouer

    La doctrine sociale de l’Eglise - avec son fondement anthropologique basé sur la personne et son principe de solidarité et de subsidiarité - a un

    rôle important à jouer dans l’émergence des sociétés post-communistes d’Europe de l’Est, a déclaré le professeur Manfred Spieker, de l’Université

    d’Osnabrück. Faisant un bilan sans concession du "socialisme réellement

    existant" de l’Europe de l’Est - "le résultat en étant l’archipel du Goulag

    et un impérialisme socialiste" -, M. Spieker a estimé qu’il sera plus facile de réparer les dégâts socio-économiques et écologiques provoqués par ce

    système que les dommages causés aux âmes.

    Dans le processus de transformation en cours, a-t-il ajouté, il s’agit

    non seulement d’instaurer la démocratie et l’économie de marché, mais de

    reconstruire la société civile, ce qui sera bien plus ardu que de changer

    le système politique. Car, dit-il, à l’exception de la Pologne, où une

    Eglise catholique forte a pu offrir des espaces de liberté qui profitaient

    même à des non-croyants, les sociétés communistes ne laissaient aucun espace où l’individu pouvait développer des initiatives. Pour le professeur

    d’Osnabrück, une nouvelle évangélisation des pays est-européens est plus

    que nécessaire à l’heure de l’effondrement des idéologies et de la dictature. En effet, a-t-il relevé, quelles sont les chances de développer une société civile dans un pays aussi paganisé que l’ancienne RDA, où moins de 10

    % des nouveau-nés sont baptisés ?

    Un enseignement qui connaît maturation et développement

    Dans son exposé sur l’enseignement social chrétien à l’épreuve des

    faits, le Père Pinto de Oliveira a mis en lumière le rôle croissant des

    Eglises locales dans l’élaboration de cet enseignement. Dans le cadre d’une

    étude menée à l’Institut de théologie morale de l’Université de Fribourg,

    avec l’aide du Fonds national suisse de la recherche scientifique et avec

    la participation de l’Institut international Jacques Maritain, plus d’un

    millier d’interventions épiscopales de ces cent dernières années ont déjà

    été répertoriées.

    Vu sous l’angle pourtant réduit et partiel des interventions épiscopales, affirme le professeur Pinto de Oliveira, on peut dire que durant toutes ces années, l’enseignement social chrétien connaît un processus de maturation et de développement : l’encyclique "Rerum Novarum" se voulait une

    réponse à la "question sociale" dans le cadre de la révolution industrielle, tandis qu’aujourd’hui, avec l’universalisation de la communication et

    de l’interdépendance dans tous les domaines, les problèmes ont gagné en

    profondeur et en étendue, demandant des approches sectorielles, régionales,

    nationales, continentales, etc. "La question sociale est devenue la question de l’homme et de l’humanité!"

    La dimension prophétique de l’enseignement social chrétien

    Patrick de Laubier, professeur de sociologie à l’Université de Genève et

    de travail social à l’Université de Fribourg, a pour sa part développé la

    dimension prophétique de l’enseignement social chrétien en évoquant trois

    grandes périodes de l’histoire de l’Eglise: les Pères de l’Eglise, l’âge

    scolastique et la période contemporaine, celle des encycliques pontificales

    sur la question sociale.

    Chez les Pères de l’Eglise, la dimension prophétique de l’enseignement

    social chrétien revêt un caractère pastoral: pour saint Jean Chrysostome,

    aider le pauvre c’est assister le Christ lui-même; pour saint Augustin, il

    s’agit de promouvoir une réflexion chrétienne sur le sens de l’histoire. Du

    XIIIe au XVIe siècle - l’âge de la scolastique - l’Eglise s’efforce de

    christianiser les réalités temporelles et de porter l’Evangile jusqu’aux

    extrémités de la terre. Deux courants se dégagent: celui, franciscain, d’un

    renouvellement évangélique sous le signe de la pauvreté et à la suite de

    saint François d’Assise; celui, ignatien, qui élabore une stratégie visant

    à inculturer l’Evangile en se plongeant dans les réalités humaines, sur les

    pas de saint François-Xavier.

    L’aspect prophétique de l’enseignement social chrétien est incarné à

    l’époque contemporaine surtout par Léon XIII et Jean Paul II: préparer une

    "civilisation de l’amour" dans un contexte paradoxal de sécularisation massive et profonde en retrouvant les racines chrétiennes de l’Europe constitue pour Patrick de Laubier la base de l’enseignement social chrétien dans

    sa formulation ecclésiale. Sa dimension prophétique réside dans le fait de

    considérer le temps de l’histoire comme un Avent dans l’attente de la plénitude des temps.

    Les implications de "Rerum Novarum" en Suisse romande

    Roland Ruffieux, professeur d’histoire aux Universités de Fribourg et

    Lausanne, s’est quant à lui intéressé aux implications de "Rerum Novarum"

    en Suisse romande un demi-siècle après sa parution, alors que les catholiques formaient encore une "sous-société" au sein d’une culture politique

    libérale dominante.

    Les catholiques se heurtaient à l’époque à la difficulté de choisir une

    forme d’organisation qui non seulement règle les rapports de travail à satisfaction des partenaires, mais fasse prévaloir les valeurs chrétiennes

    dans la société. Un choix de principes entre la corporation et le syndicat

    restait d’autant plus difficile que les deux formes présentaient elles-mêmes des variantes significatives. Le différend principal, qui opposait les

    partisans de la corporation aux promoteurs du syndicat, débouchera après la

    guerre sur la forme syndicale pour les organisations catholiques. Celles-ci

    abandonnèrent alors définitivement le corporatisme comme projet global de

    rénovation politique et sociale. (apic/cor/be)

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