Fribourg: Ou en est l’oecuménisme aujourd’hui? (090288)
la résolution des problèmes doctrinaux, mais avec la chaleur des coeurs!
Fribourg, 9février(APIC) "L’ouverture ad extra bien comprise est le ferment de la vie ad intra", c’est ainsi que le Père Jean-Marie Tillard OP,
vice-président de Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises, a
évoqué ce que devrait être le vrai oecuménisme, lors d’une conférence qu’il
donnait lundi 8 février, à l’Université de Fribourg. C’était la troisième
et dernière conférence d’un cycle sur le thème: Ou en sommes-nous aujourd’hui avec l’oecuménisme?
La conférence du Père Tillard était centrée sur les deux formes d’oecuménisme pratiquées jusqu’à maintenant: l’oecuménisme doctrinal et l’oecuménisme populaire. Ces deux formes ont beaucoup évolué pendant ces dix
dernières années suivant en cela un changement de point de vue face à l’oecuménisme: le grand espoir des années 70 a fait place à la question:
"L’unité des chrétiens était-elle encore possible?".
Du côté catholique, l’oecuménisme doctrinal issu de Vatican II, celui de
Foi et Constitution, a commencé très tôt. En effet, l’unité des chrétiens
ne semblait être possible qu’en recherchant les causes doctrinales des divisions entre chrétiens. Mais le chemin vers l’unité a paru de plus en plus
difficile pour trois raisons principales. Tout d’abord, le "oui" officiel
des autorités ecclésiastiques n’a pas facilement été prononcé devant les
résultats du travail des théologiens, qui a ainsi manqué d’encouragements
et de cautionnements. Ensuite, la découverte de pierres d’achoppement dans
les doctrines des autres groupes confessionnels a rendu de moins en moins
certain ce qui allait de soi il y a dix ans. Enfin, le déplacement des forces vives des Eglises vers les pays du Tiers-Monde n’a pas facilité le travail de l’oecuménisme doctrinal. En effet, les communautés chrétiennes
récentes ne portent que peu d’intérêt aux questions doctrinales débattues
il a y plusieurs siècles en Europe.
Le manque de gestes officiels cautionnant le travail des chercheurs et
le peu d’intérêt que porte actuellement le peuple envers les questions de
doctrine ont fait naître et encouragé une autre forme d’oecuménisme: l’oecuménisme populaire. Selon le Père Tillard, "ce nouvel oecuménisme n’est
pas un oecuménisme sauvage, mais plutôt un oecuménisme impatient". Il revêt
de nouvelles formes et de nouveaux lieux, il parle plus de Royaume que
d’Eglise. Dans ce nouvel oecuménisme, comme le disait un membre de Foi et
Constitution, "il s’agit plus de construire ensemble, comme chrétiens, un
monde fidèle au dessein de Dieu que de rassembler en une seule communauté
les multiples confessions ou Eglises chrétiennes". Cette nouvelle forme
d’oecuménisme veut tabler sur le témoignage commun des chrétiens puisque
les recherches doctrinales n’aboutissent pas.
Devant un monde ou les chrétiens sont de plus en plus une minorité confrontée à la montée d’autres religions et sectes, cet oecuménisme réclame
une urgence missionnaire: "Faisons l’unité que nous pouvons avec les moyens
que nous avons". Les autorités des Eglises catholique, orthodoxe et anglicane réprouvent ou ferment les yeux devant ces expériences oecuméniques:
foyers mixtes, actions sacramentelles communes au niveau des paroisses et
des communautés, grands mouvements pour la justice et la paix. "Dans le
Tiers-Monde, les milieux les plus pauvres et les plus populaires qui forment les forces vives de l’Eglise, sont entraînées dans un dynamisme quelques peu messianique qui efface les différentes confessions pour faire
prévaloir la ligne de force commune de l’appel évangélique." En effet, les
Eglises doivent souvent faire front commun devant la montée des sectes...
Ainsi "le lieu nouveau influence la forme" et "l’unité du déjà l’emporte
sur l’unité à construire".
Concernant l’engouement de l’épiscopat catholique pour la prière en commun avec les chrétiens d’autres confessions, le Père Tillard a une grande
crainte "qui n’est pas que l’épiscopat catholique prenne des distances avec
la prière en commun, mais plutôt qu’il en revienne à ne tabler que sur elle
et oublie l’oecuménisme doctrinal". Depuis la rencontre d’Assise en octobre
1986, ou Jean Paul II a redit trois fois: "Ce qui nous unit est plus grand
que ce qui nous sépare et ce qui nous divise", le lieu de l’oecuménisme apparaît à l’intérieur d’un espace fort large, celui de la rencontre de toutes les religions et de toutes les croyances. Et loin de compromettre la
quête de l’unité chrétienne, "ce fait peut donner à l’oecuménisme un horizon et même une nouvelle interpellation".
En conclusion, le Père Tillard a mis en garde contre le "ou bien, ou
bien" cher à l’Eglise catholique. En effet, ce n’est pas un choix qu’il
faut faire entre l’oecuménisme doctrinal et l’oecuménisme populaire. "Seul
le dialogue doctrinal ne suffit pas, il faut aussi la chaleur des coeurs",
de plus "il faut délivrer notre mémoire de tous les préjugés qu’une longue
histoire a inscrits jusque dans le subconscient des Eglises". Or "ces
préjugés ne peuvent être explorés et leurs racines découvertes que dans la
connaissance mutuelle qu’engendre l’engagement commun. La solidarité d’une
praxis commune a une force unitive (...) à laquelle les dialogues doctrinaux les plus ardents ne peuvent rien." Il ne faut pas oublier que "les
tensions sont bénéfiques lorsque qu’on sait comment les aborder, (...)
c’est ainsi que les problèmes doctrinaux doivent être résolus pour progresser dans l’oecuménisme". (apic/bd)