Fribourg: les étudiants se mobilisent face à la guerre du Golfe (210191)
Fribourg, 21janvier(APIC) Les étudiants de l’Université de Fribourg réagissent à la guerre du Golfe. Ils ont organisé lundi diverses manifestations pour partager leurs interrogations: le matin, une assemblée générale
à l’aula magna, en accord avec le rectorat, l’après-midi une table ronde à
la mensa pour mieux comprendre la situation politique, économique et juridique au Moyen-Orient et dégager les conséquences des événements actuels.
Ils étaient près de 500 à assister aux débats mis sur pied par un groupe
d’étudiants en théologie et en sciences islamiques, débats qui ont mis en
lumière la puissance des enjeux économiques dans la guerre du Golfe et la
nécessité d’une meilleure connaissance réciproque entre Occidentaux et Arabes.
La journée de lundi est "un premier pas vers une réflexion sur la guerre
et ses conséquences", a précisé Jean-Paul Rüttimann, chargé de la formation
permanente à l’Université de Fribourg et modérateur de la table ronde de
l’après-midi, qui a rassemblé des professeurs de quatre Facultés. Le rectorat est d’ores et déjà prêt à encourager la mise sur pied de semaines de
réflexion interdisciplinaire sur les implications de la guerre du Golfe et
les contributions des différentes Facultés à la cause de la paix.
La guerre du Golfe est loin d’être un simple épisode, ont constaté les
intervenants: si pour le juriste qu’est le recteur Augustin Macheret, la
situation actuelle est la première application dans l’histoire du chapitre
7 de la Charte de l’ONU - qui autorise le recours à une force d’intervention multinationale au service du rétablissement du droit -, pour le théologien Othmar Keel, elle fait resurgir la question de l’identité nationale
arabe, qui a ses racines dans un long passé colonial. Pour le professeur
Richard Friedli, de l’Institut de missiologie et de science des religions,
la guerre du Golfe met en lumière "le décalage entre la proclamation liturgique des Eglises et la réalité socio-politique", invitant les sciences humaines à chercher de nouveaux critères d’interprétation de la réalité.
Prééminence des enjeux économiques
Des craintes ont été exprimées par les professeurs M. Chenou et JeanChristophe Bürgel, spécialistes en sciences islamiques: les risques d’une
déstabilisation du monde arabe et d’une utilisation abusive du sentiment
religieux par le concept de "guerre sainte" sont bien réels.
Quant aux causes du conflit, elles sont multiples: psychologiques, juridiques, mais surtout, ont souligné les intervenants, économiques. Ce qui au
départ était un contentieux territorial s’est vite révélé une lutte pour le
pouvoir économique, a expliqué A. Macheret. Le pétrole et la dette extérieure considérable contractée par l’Irak dans une guerre de huit ans contre l’Iran notamment sont des enjeux de tout premier ordre. Pour Othmar Keel, les causes remontent au début du siècle, à l’époque de la domination
britannique. Les intervenants ont été unanimes à soutenir A. Macheret lorsqu’il a encouragé une meilleure connaissance réciproque entre Occidentaux
et Arabes.
Des actions concrètes à l’Université
Que faire concrètement dans le cadre de l’Université pour travailler à
la paix à l’échelon mondial ? D’abord, a relevé le professeur Friedli, accueillir les étudiants arabes et américains venus se former à Fribourg et
leur donner la parole. Ensuite, et l’idée fait son chemin, organiser, dans
le respect des convictions de chacun, des journées de réflexion interdisciplinaire sur les enjeux de la guerre et la question de la paix. Autant
d’occasions, pour le recteur, d’approfondir le débat dans un dialogue serein et de garder à l’esprit ces préoccupations. (apic/cor)