Fribourg : les 850 ans de l’abbaye cistercienne d’Hauterive (250288)
Hauterive/Posieux, 25 février (APIC) L’abbaye cistercienne d’Hauterive, au
pied des falaises de la Sarine, a fêté jeudi 25 février la Dédicace de son
église, la première des célébrations destinées à marquer tout au long de
l’année le 850ème anniversaire de sa fondation.
Elle accueillait pour l’occasion une soixantaine d’invités dont Mgr
Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, qui présida la messe
pontificale, M. Denis Clerc, président du Conseil d’Etat fribourgeois, M.
Marius Cottier, conseiller d’Etat, M. Augustin Macheret, Recteur de
l’Université de Fribourg, les membres du conseil de fondation d’Hauterive,
le comité de l’Association des amis d’Hauterive, les Pères Abbés des
monastères bénédictins et cisterciens voisins dont Cîteaux ainsi que les
Abbesses de la Fille-Dieu, à Romont, et de la Maigrauge, à Fribourg,
couvents de cisterciennes.
La matinée a été consacrée à la prière avec une messe pontificale et
l’après-midi à l’histoire avec une conférence de M. Roland Ruffieux, professeur aux Universités de Lausanne et de Fribourg, sur "Les grands Moments
de l’histoire d’Hauterive"; la prière des heures canoniales rythmait le
déroulement des festivités.
La messe pontificale précédée de l’office de tierce fut le temps fort de
la journée. Elle permit à chacun de goûter au silence du lieu et de
participer à la prière monastique. Le Père Abbé Dom Bernard Kaul a
accueilli les invités au nom de la communauté et exprimé la joie et la
reconnaissance des moines en ce jour anniversaire. Il a ensuite évoqué en
quelques mots la fondation de l’abbaye.
Les monastères, fondement de la vie ecclésiale
L’homélie de Mgr Mamie se voulait une réponse à la question : "A quoi
sert Hauterive ?". L’évêque a affirmé avec force que la vie contemplative
est le fondement de toute l’activité de l’Eglise : "Sans les moines et les
moniales, sans la prière des contemplatifs, nous, qui sommmes envoyés dans
le monde, nous pourrions perdre courage devant l’immensité de la tâche à
accomplir". La prière de ceux qui se sont donnés entièrement à Dieu,
"immolés" dans le silence du cloître fait fructifier le ministère de ceux
qui annoncent l’Evangile dans le monde.
Les monastères sont aussi pour Mgr Mamie des "lieux dans le monde, mais
loin du monde", lieux de silence qui créent l’atmosphère propice à un
examen de conscience devenu nécessaire dans un monde de plus en plus
sécularisé. Déplorant le manque de vocations sacredotales et religieuses
dans l’Eglise, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a encouragé les
contemplatifs à prier pour que les jeunes répondent plus nombreux à l’appel
de Dieu. Il a souhaité que Dieu fasse de chacun une pierre vivante pour
l’édification de l’Eglise, Corps de Jésus-Christ, afin que s’étende Son
Règne. Après l’Eucharistie les invités ont partagé un repas.
Hauterive : une évolution historique significative
L’après-midi a débuté par une conférence de M. Roland Ruffieux, professeur d’histoire à l’Université, sur le thème : "Les grands moments de l’histoire d’Hauterive".
Le conférencier s’est attaché à caractériser six moments dans
l’évolution de l’abbaye cistercienne : la fondation par 20 moines le 25
février 1138, à une période d’apogée de la chrétienté et sur des bases
matérielles solides dues à la stabilité du modèle cistercien; l’époque
gothique, période de prospérité matérielle et spirituelle en Occident; une
époque qui voit en même temps l’amélioration du niveau culturel des
religieux et l’achèvement de la construction d’Hauterive par l’érection des
bâtiments utilitaires; aux XVème et XVIème siècles une crise de
l’observance avec l’avènement de l’Etat social : un nouveau type de
rapports s’instaure entre l’Eglise et l’Etat; du XVIème au XVIIIème siècle
un temps de résistance, pour le monastère, aux revendications territoriales
toujours plus grandes de l’Etat; aux XIXème et XXème siècles une période de
décalage entre les deux pouvoirs que sont l’Eglise et l’Etat marquée par
une critique de la vie conventuelle dans le sillage des Lumières : c’est
l’époque où l’Ecole normale s’installe à Hauterive pour quelques années et
où l’aspect religieux et patriotique de l’enseignement se trouve renforcé;
expulsés en 1848 par le gouvernement radical, les moines ne purent
réintégrer l’abbaye qu’en 1939.
La conférence a permis à chacun de suivre l’évolution d’Hauterive dans
une contexte de mutations sociologiques et ainsi de mieux percevoir son
rôle spirituel. La journée s’est terminée à l’église par les vêpres
pontificales. (apic/cor)