Conférence du Père Albert Longchamp sur "Aetatis Novae"
Fribourg, 3juin(APIC) Durant ces vingt dernières années, les moyens de
communications ont connu une véritable révolution. Interpellée par ces
changements rapides, l’Eglise a publié le 22 février 92 un document
intitulé "Aetatis Novae". C’est cette instruction pastorale qui a été mardi
au centre de l’exposé du Père Albert Longchamp, directeur de "l’Echo Illustré" et collaborateur à de nombreuses revues, et qui était l’invité de
l’institut de Journalisme de l’Université de Fribourg. Un texte attendu et
qui constitue une excellente entrée en matière a-t-il dit en substance.
Les médias non seulement apportent l’information mais sont capables de
transformer la percetion du monde et par conséquent de l’Eglise. Mais l’affirmation du document selon laquelle les médias sont un don de Dieu permet
de voir mur de méfiance entre l’Eglise et les médias s’effondrer peu à peu,
souligne le Père Longchamp. L’instruction romaine constate que ce changement dans la perception contribue aussi à façonner le fonctionnement et les
structures de l’Eglise.
Face à ces potentialités des médias, le document romain définit leurs
devoirs. Le premier est le droit de tous à l’information qui découle de la
liberté religieuse. Cet droit est selon A. Longchamp cependant antérieur à
celui de la libeté religieuse. Le second devoir est la promotion de la justice. Enfin les médias doivent aider à la recherche de la vérité. Cet idéal qui peut paraître a priori très élevé et très éloigné de la réalité,
correspond en fait exactement à celui que Vaclav Havel, encore proscrit, a
défini en 1989 dans "Quelques mots sur la parole", souligne A. Longchamp.
L’instruction définit aussi clairement les risques de dérapage; quand la
recherche du profit ou les idéologies, deviennent le but des médias au détriment du service.
La réciprocité de la communication reste un aspect assez peu évoqué dans
l’instruction. Pour A. Longchamp, communiquer c’est prendre un risque. Si
on se limite à l’envoi de message, on crée une distance au lieu de rapprocher. C’est pourquoi l’Eglise doit accepter le débat tant à l’intérieur que
face à l’extérieur. A ce point de vue la communication doit devenir un chemin de communion et un moyen d’action. La culture médiatique hésite souvent
entre deux tendances: servir le besoin de fuite, ou aider le dialogue et le
débat.
Il est bon de rapeller, estime A. Longchamp, que les médias n’englobent
pas toute la communication. La communucation interpersonnelle et à l’intérieur de l’Eglise dans la communauté et la célébration des sacrements gardent une valeur primordiale pour l’annonce de la Bonne Nouvelle.
En conclusion de son exposé, le Père Longchamp a proposé quelques
aspects à prendre en compte pour une "guérison" des médias: Les médias vivent dans l’impatience, l’Eglise est la patience. Les médias hierarchisent
et mettent en vedette, l’Eglise parle d’option pour les pauvres. Les médias
privilégient le conflit et la dispute, l’Eglise prêche un Evangile de la
réconciliation. Ces tensions ne sont pas cependant irréductibles. Elles
peuvent être soulagées par une relation Eglise journalistes beaucoup plus
transparente, et par le rappel que si les médias font l’information ils ne
font pas la foi et qu’ils ne sont pas l’unique moyen de communication,
estime A. Longchamp. (apic/mp)