Fribourg: Le cardinal Poupard au Symposium de l’UCIP (260991)
Fribourg, 26septembre(APIC) L’Europe ne se réduit pas à ses composantes
politiques ou économiques, "elle est avant tout pour l’Eglise une réalité
humaine dont l’importance pour l’humanité dépasse largement ses limites
quantitatives", a déclaré jeudi à Fribourg le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical de la culture et du Conseil pontifical pour le
dialogue avec les non-croyants. Il a invité les journalistes catholiques à
participer à la "nouvelle évangélisation" de l’Europe, le programme de
l’Eglise pour ce continent à la veille de l’an 2000.
S’exprimant dans le cadre du symposium de la région Europe de l’Union
catholique internationale de la presse (UCIP) qui réunit à l’Université de
Fribourg du 25 au 29 septembre 180 journalistes et gens de médias d’Europe
de l’Est et de l’Ouest, le cardinal Poupard a souligné que l’Eglise consacre une attention particulière à l’évolution de ce continent, "car le
christianisme y possède un authentique ’droit de citoyenneté’". L’Eglise
est universelle et son sort n’est lié à aucune culture, aucun pays, aucun
continent en particulier, a-t-il tenu à souligner, cependant l’Europe fut
le premier continent à accueillir massivement le message de l’Evangile.
"L’Europe fut pendant vingt siècles le phare de la chrétienté, a-t-il
poursuivi, et au sortir des catacombes totalitaires du nazisme et du marxisme-léninisme, riche de sa puissance économique et auréolée des conquêtes
de la liberté, elle devient un exemple stimulant pour l’humanité du XXe
siècle". Mais cette Europe à la veille du troisième millénaire a de nombreux défis à relever. Avec l’ouverture progressive des nations européennes, le paysage culturel européen s’enrichit de cultures jusque-là étouffées. C’est par leur culture, poursuit-il, que Lituaniens, Lettons, Slovènes, Croates, Ukrainiens, Polonais, etc. sont arrivés à maintenir intacte
voire à fortifier leur conscience nationale. L’Eglise reconnaît dans ce
pluralisme culturel une richesse et un défi. Loin de confondre unité et
uniformité, elle voit avec appréhension les effets destructeurs d’une
"sous-culture commerciale dans les médias qui doit sa puissance à la domination de l’argent et à la politique de consommation à outrance".
Ce phénomène de nivellement culturel par le bas - porté par des "capitaux extra-européens" - affecte l’Europe occidentale et commence déjà à
faire sentir ses premiers effets en Europe centrale et orientale, déplore
le cardinal français. Si le marxisme comme séduction idéologique s’est désormais irrémédiablement écroulé, l’idéologie antagoniste du néolibéralisme
matérialiste "sauvage", également stigmatisée par le pape Jean Paul II, lui
paraît "bien ébréchée". On assiste d’autre part aujourd’hui à un "émiettement des valeurs et des modèles" qui ébranle dangereusement l’Occident et
à un repli sur la sphère individuelle.
De plus, estime-t-il, ce serait une erreur grossière de penser que la
dignité de l’homme a été bafouée seulement dans les pays sous domination
communiste : "la société sécularisée étouffe l’homme, elle aussi, par une
culture amnésique de son caractère spirituel et de sa vocation surnaturelle". Et de rappeler qu’aux racines de l’Europe se trouve l’Evangile. Redécouvir les racines chrétiennes de l’"Homo Europeus", voilà le défi urgent
que propose le cardinal Poupard dans le processus d’unification de l’Europe.
Hors du christianisme, point de salut pour l’Europe ?
Pour le président du Conseil pontifical de la culture, "hors du christianisme, l’Europe serait incapable non seulement de retrouver son identité, mais encore de construire son propre avenir (...) Le versement de milliards de dollars dans les caisses vides des pays d’Europe centrale et
orientale, pour nécessaire qu’il soit, ne saurait suffire à résoudre les
vrais problèmes. L’"Homo Sovieticus" ne sera pas guéri par une simple injection d’argent, mais par la redécouverte de sa vraie et profonde identité
slave et chrétienne". Et cette analyse vaut également pour les autres pays
européens, souligne-t-il. D’où la nécessité de réaliser le programme de
l’Eglise pour l’an 2000 : "la nouvelle évangélisation", "une tâche qui requiert des coeurs généreux, immenses, ouverts comme le coeur de la ViergeMarie et celui de François d’Assise, un coeur blessé d’amour pour Jésus".
Tout un programme, donc, proposé aux participants de ce Symposium de la région Europe de l’UCIP, qui a pu pour la première fois dans son histoire
réunir des journalistes catholiques de l’Atlantique à l’Oural et de l’Islande à Malte. (apic/be)