Fribourg, 19février(APIC) Parce que la terre est au centre du conflit israélo-palestinien, la conférence sur "Notre Terre est notre vie" de Mme Ursula Schneider, Docteur en Sociologie, cernait le coeur du problème. Les
terres confisquées aux Arabes, les villages palestiniens détruits, le droit
des juifs à avoir une terre au détriment des Arabes installés depuis des
siècles, toutes ces réalités étaient présentes dans le long récit de la
conférencière. Cette conférence publique était organisée par l’Institut de
science des religions de l’Université de Fribourg, l’organisation SuissePalestine (section fribourgeoise) et l’Association pour reconstruire Emmaüs, le jeudi 18 février.
Les cartes topographiques officielles de l’Etat d’Israël des années 50,
reprises des cartes établies par l’administration mandataire britannique
mais surimprimées en hébreu, mentionnent explicitement près de 300 localités palestiniennes détruites. Les juifs qui ne possédaient avant la seconde guerre mondiale que 5,6 0/0 des terres, en ont actuellement le 93
0/0. Pour ne pas ennuyer ses auditeurs avec des chiffres ou des listes de
noms, Mme Schneider a consacré son exposé à la narration de ses voyages en
Israël, et notamment dans les villages arabes de Galilée. Elle a surtout
parlé des villages arabes à majorité chrétienne qu’elle connaît le mieux et
qui ont fait l’objet de sa thèse de doctorat en 1986 ("Land ist unser Leben. Galiläische Dörfer im Nahostkonflikt" [La terre est notre vie. Villages de Galilée dans le conflit proche-oriental]). Ces trois villages sont
Melia, Biram et Gesh en Haute-Galilée.
A Melia, village fortifié de l’époque des Croisades, les terres des propriétaires arabes ont été confisquées ou bradées par les juifs. D’ailleurs,
les agriculteurs ne forment plus actuellement que 30 0/0 de la population.
Le village de Biram, proche de la frontière libanaise, a été détruit et les
juifs en ont fait un parc d’excursion. Ses habitants se sont, pour la plupart, réfugiés à Gesh ou d’ailleurs on retrouve de nombreux réfugiés,
chrétiens ou musulmans, d’autres villages détruits. L’église de Biram a été
reconstruite et utilisée par ses "habitants" pour les baptêmes, mariages et
enterrements. Mais on vient d’apprendre qu’il y a une dizaine de jours, des
partisans du Rabbin Kahane (Juifs extrémistes) ont brûlé l’Evangile dans
l’église et les croix du cimetières de Biram...
Mme Schneider qui a été collaboratrice et coordinatrice de projet au
Service social pour la paix et la réconciliation de la Commission allemande
"Justice et Paix", a également parlé des espoirs en une solution du conflit
israélo-palestinien. Bien que tout réglement du conflit semble irréalisable
concrétement, "chaque petit pas que les Arabes et les juifs font ensemble
est une progression sur le chemin de la paix".
Elle a également nommé Elias Chacour, prêtre grec-melkite, natif de Biram et curé d’Ibillin près de Nazareth qui défend le rapprochement des
juifs et Arabes comme seul moyen d’arriver à la paix. Il raconte d’ailleurs
très bien, pour les avoir vécues, la prise et la destruction du village de
Biram dans son livre "Frères de sang" aux Editions du Cerf, 1985. (apic/bd)